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Circulez !

Vous êtes ici : » » Circulez ! ; écrit le: 26 février 2013 par La rédaction

Circulez !La fonction de circuler occupe dans la Charted’Athènes une place toute particulière : elle doit « établir la liaison entre ces diverses organisations (les trois premières fonctions) par un réseau circulatoire assurant les échanges tout en respectant les préro­gatives de chacune ».

Par cet énoncé, le fonctionnalisme réduit la plus grande part de l’espace public – la voirie – à la seule question de la circula­tion et lui fait perdre son rôle de lieu d’échanges sociaux com­plexes. L’affirmation complémentaire de la nécessaire séparation des types de circulation complète la rupture historique : « les voies de circulation doivent être classées selon leur nature et construites en fonction des véhicules et de leurs vitesses » .



La fascination pour le mouvement fait oublier la finalité même des déplacements, c’est-à-dire la notion d’échange. En particu­lier, la nature des échanges que permet précisément l’automobile, c’est-à-dire le « porte-à-porte », est rapidement contredite dans les modèles et pratiques mis en place dès les années vingt.

Il serait injuste d’en rendre responsables les seuls ingénieurs des Ponts et Chaussées : architectes et urbanistes jouent dans la diffusion de ces idées un rôle de pionniers. En témoigne, là encore, Le Corbusier, pour qui l’automobile est avant tout un véhicule rapide et non un outil d’échange à vitesse variable :

« Assignation de leurs buts aux véhicules rapides :

a)  Conduire vite d’une porte de maison à une autre porte.

b)  Se trouver à disposition immédiate en tous points de la ville.

D’une porte à l’autre. Y a-t-il beaucoup de portes de maisons dans la ville ? Hélas, dans la ville actuelle, oui. Une porte de maison avec son concierge dessert de six à douze appartements, donc trente-six à soixante-douze habitants. Dans de telles condi­tions, le problème de l’automobile est inorganisable ; les portes des maisons sont les unes à côté des autres. Il y a une porte tous les dix ou quinze mètres. L’auto doit stopper devant la porte, doit pouvoir stopper devant toutes les portes. La chaussée doit donc être devant chaque porte ; elle est donc au pied des maisons ; les maisons sont sur la chaussée. C’est ce qu’il ne faut plus : VIVRE ! Respirer – VIVRE ! Habiter. L’acception de rue doit disparaître : MORT DELA RUE! MORT DELA RUE!Circulez !

Dans la « VILLE RADIEUSE », une porte dessert deux mille sept cents habitants. La porte est donc un port. Un port d’auto­mobiles ; on entre dans le port de la porte ; l’auto quitte la chaus­sée (qui est un fleuve régulier de la circulation) et entre dans le port devant la porte. Au lieu de soixante-quinze portes sur rue, il n’y a qu’une porte, loin de la rue.

La rue n’est plus. L’autostrade la remplace, à débit continu. Jamais une voiture n’y stationne. Une voiture arrêtée au bord de la chaussée étrangle le débit, paralyse la circulation. Ici, qu’y ferait-elle, arrêtée ? Rien. Personne ne peut accéder à l’autostrade. Le piéton ne peut quitter le sol naturel de la ville (les parcs) que pour monter sur la plate-forme des autosports16 (il n’y a pas plus de cent mètres à parcourir à pied) là où stationnent les voitures. Le piéton quitte l’ascenseur des immeubles pour trouver, devant sa porte, le parking des autos. »

C’est donc au nom d’une morale collective que Le Corbusier, avec la plupart des architectes modernes à sa suite, refuse que l’automobile soit utilisée pour des échanges relativement lents et diffus. Il s’engage ainsi dans une logique de concentration, de spécialisation et de dissociation : concentration des échanges, spécialisation des dispositifs techniques, dissociation du mouve­ment et de l’arrêt. Pour autant, ce modèle n’est pas facile à appli­quer sur le terrain ; et il est parfois malaisé, dans les grands ensembles étudiés, de faire clairement la part entre les surfaces de circulation et celles de stationnement.

Globalement, il apparaît que la voirie dite « secondaire » est souvent surdimensionnée, alors que la voirie « tertiaire » est calculée au plus juste ; en revanche, les espaces de stationnement sont souvent sous-dimensionnés ou traités avec des rendements très médiocres.Circulez !

Vidéo : Circulez !

Vidéo démonstrative pour tout savoir sur : Circulez !

https://www.youtube.com/watch?v=ErMObr5A1IU

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