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Fragilité spatiale de la ville modene

Vous êtes ici : » » Fragilité spatiale de la ville modene ; écrit le: 25 février 2013 par La rédaction

Fragilité spatiale de la ville modeneelle est partagée par tous les architectes. Seul Fernand Pouillon pousse plus loin le souci du pittoresque en créant de fausses bâtisses vernaculaires pour abriter les petits centres commerciaux de Meudon.

Fragilité spatiale de la ville moderne

La qualité des espaces libres de la ville moderne se joue de manière essentielle dans les détails et dans le soin apporté non seulement à leur conception et à leur réalisation mais aussi à leur entretien. Ce dernier point est important car il explique la fragilité des espaces collectifs de la ville moderne, dont la définition n’est plus inscrite dans la pierre mais élaborée au travers d’éléments plus instables comme les grillages, les haies, les pelouses, les plantations… Cette fragilité a accéléré le processus de délabre­ment des grands ensembles. Car si cette charge est aisément assumée dans les résidences bourgeoises, les maîtres d’ouvrage sociaux ont d’autant plus de mal à la supporter que ces surfaces libres sont fort importantes. L’urbanisme moderne aurait-il dû être réservé aux populations aisées ?



L’enjeu des espaces libres dans la ville moderne

De fait, lorsque les conditions s’y prêtent, la qualité de vie offerte par ces résidences est fort appréciée des habitants. Les impressions recueillies au détour de notre enquête ne laissent planer aucun doute sur la bonne appréciation de Marly-les-Grandes-Terres, de la Cité de la Plaine à Clamart, de Courcelles-sur-Yvette, du Château

de Louveciennes, de Neuilly-Bagatelle, de Meudon- la-Forêt. Mais puisque les politiques des années cinquante ont lié de manière indissoluble habitat populaire et urbanisme moderne, il faut réfléchir au moyen d’améliorer les situations existantes en développant les qualités sous-jacentes des ensembles existants.

Par-delà les problèmes sociaux sur lesquels ni l’architecture ni l’art urbain n’ont de prise, la qualité de l’aménagement et des dis­positifs définissant les espaces publics jouent un rôle : la mauvaise configuration spatiale et les « mauvais » dispositifs s’ajoutent aux facteurs sociaux négatifs. Ils amplifient la dégradation physique des lieux, comme en témoignent par exemple le sou­bassement de caves en rez-de-chaussée des Courtilières à Pantin. La qualité des espaces extérieurs est donc un enjeu réel des réha­bilitations qui ne peuvent se limiter au traitement des façades et à la mise aux normes des appartements. Une part importante de la qualité de vie offerte par l’urbanisme moderne se joue dans la conception et le traitement des espaces extérieurs, qu’ils soient d’usage collectif ou public. Cette condition, nécessaire mais pas suffisante, peut aussi être utilisée pour cristalliser la vie commu­nautaire autour d’un projet.

Agir sur la qualité des dispositifs concrets

C’est pourquoi nous pensons que l’on peut réfléchir à la réhabi­litation des grands ensembles à partir de l’exploitation des qua­lités potentielles de l’espace moderne, en respectant son registre théorique et formel. L’amélioration spatiale des opérations médiocres se ferait enFragilité spatiale de la ville modene utilisant les « bonnes » solutions des « bons » exemples. Dans cette optique, des dispositifs ont été repérés, qui proposent différentes pistes de réflexion très concrètes :

—Hiérarchiser les espaces extérieurs. L’un des facteurs de qualité des espaces extérieurs est leur hiérarchisation. La qualité du parc central est importante mais insuffisante, comme le montrent les Courtilières ou Shape-village. Il faut recréer des espaces exté­rieurs d’échelle intermédiaire, directement liés aux logements et recevant des traitements paysagers différenciés, comme aux Grandes-Terres ou à la cité du Ronceray.

  •   Articuler le parc central avec des espaces secondaires. Il est impor­tant que ces espaces différenciés entretiennent des liens visuels et physiques qui permettent d’appréhender les différences d’échelles et de percevoir la qualité des lieux. La perméabilité très forte des espaces des Grandes-Terres est une meilleure réponse que la trop forte séparation des Courtilières.
  • Eviter l’intrusion du noir dans le vert. Dans l’urbanisme moderne, la trame viaire perd sa fonction de découpage des unités urbaines. Les voies sont hiérarchisées : les voiries primaires continuent d’assurer à grande échelle la délimitation des quartiers tandis que les voies de desserte, en boucle ou en impasse, sont insérées au cœur des unités pour desservir les parkings situés de l’autre côté des immeubles, à l’intérieur des espaces verts. Cette disposition, qu’on trouve à Sarcelles et à Mourenx, remet en cause la relation entre bâti et espace libre : l’automobile pénètre dans le domaine protégé des promeneurs et des enfants,annihilant ainsi le principal atout de l’urbanisme moderne. Il faut donc supprimer les dessertes arrières empiétant sur le parc. Cette séparation nette entre tapis vert et tapis noir réintroduit une opposition avant-arrière dans la relation de l’immeuble à l’espace extérieur. Comme à Neuilly-Bagatelle, la façade noble est celle qui donne sur le parc.
  • Marquer les limites. La clôture des espaces collectifs est un important facteur de qualité car c’est sur elle que repose la définition spatiale des espaces publics. Mourenx, Firminy, Bagnols-sur-Cèze montrent que de simples bordurettes ne sont pas efficaces. Les haies, grilles et grillages, même non continus, comme on en rencontre à Meudon-la-Forêt, Bagatelle, ou à Louveciennes, résistent mieux au temps.
  •  Donner une assise aux bâtiments. Le rapport de l’immeuble au sol est un élément fondamental qui qualifie les espaces en affirmant ou non une opposition avant-arrière, ainsi que la relation entre le bâtiment et l’espace collectif. Comme le montrent a contrario les exemples de Firminy et de Shape-Village, il faut éviter que la voirie et les parkings ne s’approchent trop des immeubles afin d’autoriser un véritable traitement paysager du recul. Côté parc, la solution traditionnelle du jardinet privatif, rencontrée à la cité Rotterdam, à Bagatelle, Mourenx ou Clamart, est pertinente : même d’une largeur très réduite, le jardinet améliore l’usage du logement du rez-de-chaussée et transforme en profondeur le rapport au sol en orientant l’immeuble et en l’ancrant dans son site.Parallèlement, le socle des immeubles, qui définit l’espace à la hauteur du piéton, doit être traité ; il s’agit de supprimer les mau­vais dispositifs, comme les caves des Courtilières qui s’ouvrent directement sur le parc, ou les soubassements sommaires, qu’on ren­contre à Bagnols-sur-Cèze, au Ronceray ou à Firm

    iny. La solution d’un fossé longeant le bâtiment pour éloigner les passants de la façade tout en protégeant les logements du rez-de-chaussée, mise en œuvre à Bagatelle et Meudon-la-Forêt, peut être utile.

    Agir sur la composition

    Pour être efficace, cette approche très concrète doit se doubler d’une réflexion plus globale sur l’agence

  • ment général des espaces publics. On peut enrichir ces espaces en agissant sur la structure du quartier par le métissage des registres de conception comme l’avaient fait les meilleurs architectes de l’époque. On peut ainsi introduire d’autres échelles, renforcer la fibre classique sous-jacente, utiliser les ressources de la géographie et de la topographie du site, et introduire une complexité spatiale et culturelle nouvelle.

    Parallèlement, le stationnement doit faire l’objet d’une réflexion globale pour éviter que l’ajout de parkings ne détruise la qualité des espaces verts. Cette réflexion peut être l’occasion d’intro­duire une opposition avant-arrière dans les édifices. Dans ce tra­vail il peut être utile de réintroduire le principe des box qui permettent de participer à la structuration et à la hiérarchisa­tion des espaces libres, comme à Courcelles-sur-Yvette ou à Buitenveldert, tout en étant plus économiques que les parcs sou­terrains coûteux et souvent difficiles à gérer.

    Enfin, cette approche doit poser la question de la hauteur des immeubles. Car, bien que la construction en hauteur fasse inti­mement partie des conceptions urbaines modernes, tous nos exemples qui fonctionnent bien, comme Mourenx, Sarcelles, Neuilly ou Meudon, se composent d’immeubles plutôt bas agré­mentés de quelques points hauts qui, conservant leur rôle de totem urbain, offrent une densité mixte. Au contraire, lorsque les immeubles hauts forment un tissu urbain homogène comme à Toulouse-le-Mirail ou aux Courtilières, la qualité spatiale des espaces libres n’est pas convaincante. La comparaison des deux cités voisines du Ronceray et de Glonières, au Mans, ou de Buitenveldert et de Bijlmermeer à Amsterdam, confirment cette hypothèse. La qualité des espaces libres est plus difficile à gérer dans des ensembles entièrement composés de bâtiments hauts qui ne peuvent, comme des immeubles de quelques niveaux, baigner dans la nature. Plus que la longueur des barres, la hau­teur des bâtiments, et surtout l’homogénéité de celle-ci, peut constituer un critère de sélection pour d’éventuelles destructions ou densifications.

    Fragilité spatiale de la ville modene

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