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L’art : apprendre à voir

Vous êtes ici : » » L’art : apprendre à voir ; écrit le: 21 mars 2012 par La rédaction

L'art : apprendre à voir Puisque l’art n’est pas dans la nature, il doit s apprendre, comme tout ce qui vient de l’activité humaine et de la pensée.

Apprendre à voir, c’est toute une habitude ; apprendre à aimer ce qu’on regarde, c’est plutôt une éducation. 11 est dommage de passer à côté de ce qui est beau sans le voir, que ce soit de l’art ou non. Mais si c’est de l’art, c’est encore pire, parce que sans le plaisir que donne la beauté qu’il produit, sans la connaissance de ce qu’il dit, il ne reste rien que de la couleur ou des formes.



Pour apprendre à voir, il faut apprendre à regarder, mais aussi à toucher, à parcourir. On peut toucher vraiment une sculpture et parcourir vraiment l’œuvre de l’architecte ; mais on peut aussi toucher et parcourir par l’imagination un dessin ou un tableau, qui est pourtant en réalité plat. La peinture, c’est de la couleur et des lignes sur un support : le mur d’une fresque, le papier, la toile… C’est cela, et c’est autre chose : une illusion. Parfois, illusion de la réalité extérieure ; presque toujours, illusion de l’espace ; souvent illusion du temps.

Les trois miracles de l’oeuvre  d’art

Premier miracle

Ce qui est plat – si on le touche, mais dans les musées c’est défendu ! – donne I impression d’un espace : profondeur, lumière qui se répand, objets et personnages avec leurs volumes, leur matière. Un grand critique a appelé ce miracle les « valeurs tactiles », parce que c’est comme si on touchait (le tact) avec les yeux ! Avec les doigts de I imagination, vous pouvez caresser la joue de la Joconde (p. 234) !

Deuxième miracle

Ce qui est immobile paraît vivre dans le temps, et parfois bouger. Certains tableaux racontent une histoire. Ce miracle est aussi celui de la sculpture et de la photo. Dans bien des peintures – et on en voit beau

coup dans ce livre -, des êtres vivent, animaux, personnes, et c’est comme s’ils bougeaient, comme si les nuages passaient dans le ciel, comme si les feuilles tremblaient au vent. Faisons une expérience : celle de raconter un tableau. Non seulement on peut décrire les choses, mais 011 peut dire ce que font les êtres vivants qui sont représentés, ce qui leur arrive, et même ce qu’ils ressentent, ce qu’ils désirent.

Avec ce miracle, qui revient à raconter une histoire en représentant les gens et les choses par une œuvre immobile, le Moyen Age a inventé un grand récit sans langage, sans écriture. On disait en latin Biblia Pau- perum, la Bible des pauvres, le livre pour ceux qui n’avaient jamais été à l’école, qui ne pouvaient pas lire, et c’était, surtout dans les églises romanes (p. 58), toutes les sculptures, les peintures, les fresques (p. 132), les vitraux (p. 133) qui racontaient, en effet, la Bible et les Évangiles.

L’art et les images

Ces deux miracles – le premier, celui de 1 espace, pour la peinture et le dessin plats, le second pour la peinture et pour la sculpture (qui n a pas besoin du premier miracle, puisqu’elle occupe l’espace tout entier, sauf dans le bas-relief) – sont ceux de la présentation au regard. Si ce qui est présenté existe dans la réalité, ce sera un portrait, une « nature morte » (des objets sans vie), un paysage, des animaux, la mer, une scène de la vie d’un personnage, un événement historique (scène de bataille, par exemple), un instant de la vie privée (scène d intérieur…) ou de la vie sociale (une fête, une kermesse…), un récit connu (la Bible, la mythologie grecque, l’histoire antique et moderne, des scènes imaginaires : des histoires à raconter).

Tout ceci produit des images. Image se disait eikon en grec, et c’est pour cela que l’étude de ce que représentent les œuvres d’art s’appelle l’iconographie. On parle de l’iconographie de la sculpture romane, qui est chrétienne, de I iconographie de la peinture, qui est, selon les époques, religieuse, païenne (mythologique), symbolique, réaliste.

Au-delà des images

Avec ces deux premiers miracles, 011 comprend mieux qu’on puisse, rien qu’avec les yeux, I imagination et la sensibilité, entrer dans l’œuvre d’art. Mais avec les yeux seuls, 011 reste à la porte. C’est 1 imagination du regard qui révèle l’idée et les sentiments au cœur de toute œuvre.

Le premier miracle est si fort qu’ il transfigure tout le visible et qu’il montre des réalités invisibles. Enfin, le regard du peintre est capable de déceler la beauté là où nous ne voyons rien. Le grand paysagiste anglais Constable (p. 197) disait : « Je n’ai jamais vu de ma vie une chose laide, car quelle que soit la forme d’un objet, la lumière, l’ombre et la perspective en font toujours une chose belle. »

Se promener dans un tableau

Pour entrer dans un tableau, il faut de l’attention, car les images peuvent être nombreuses, avoir plusieurs significations. Les plus visibles peuvent en cacher d’autres, qui donnent sa valeur à l’ensemble. Certains tableaux sont comme des scènes de théâtre, d’autres comme des paysages où vivent des animaux et des personnages qui en révèlent le sens. Parfois, l’acteur principal est le ciel, la mer, la forêt… : la nature. Par

fois, c’est la lumière, comme dans les cathédrales ou les meules de foin peintes par Claude Monet (p. 250) à différents moments de la journée.

C’est pourquoi, face à un tableau, il faut imaginer qu’on se promène à l’intérieur, dans l’espace autour des choses, à la surface des choses et, pourquoi pas. derrière les choses.

Car les tableaux ont une vie, en apparence immobile – en apparence seulement. Ils ont un avant et un après, que cache un présent très durable. Un personnage peint par- Velâzqi EZ (p. 277), par Titien (p. 269). est devant nous, parfois il nous regarde et le peintre a su faire parler les apparences : on devine les défauts, les qualités, on pourrait presque dire ce que cette femme, cet homme, cet enfant a fait, ce qu’ elle ou il va faire; ou peut, en face de cette image, plaindre, aimer, craindre. Quand on regarde bien un paysage peint, on sent l’espace, l’air, la température, on voit venir l’orage : on est dedans.

Ce miracle est possible parce que celle ou celui qui regarde l’œuvre est un être humain et que l’œuvre a été faite par un ou une artiste ; or l’artiste, en tant que créateur, se préoccupe plus que quiconque des passions, des sentiments, des idées et des rêves humains. L art va tellement vers 1 essentiel de I humain – pensées, passions, amour, espoir et désespoir – que nous pouvons comprendre des tableaux peints il y a cinq cents ans, quand tout était si différent !

Connaître un peu mieux la vie, les passions, les idées des artistes, un peu mieux ce qu’ils ont voulu montrer et révéler, c est bien le moins qu’on puisse faire pour entrer dans ce royaume miraculeux de 1 image.

Le troisième miracle

Mais toute image n’a pas ces qualités ! Un tableau mal peint, un mauvais dessin, une copie ratée, une photo prise n’importe comment, cela peut plaire, émouvoir, rappeler des souvenirs sans être une véritable œuvre d art.

Je viens de dire que la peinture avait le pouvoir de créer un monde qui ressemble aux apparences, mais qui est chargé de sens et d émotions

▲ Picasso. Xature morte plus que les apparences, parce qu’il exprime toute l’humanité que nous à la rlmise cannée. 1912 partageons avec l’artiste. Mais 011 voit bien, grâce à l’art d’aujourd’hui, que la peinture fait en même temps autre chose. Qu’elle n’a pas besoin des apparences. Qu’elle peut en inventer d autres. Qu’elle peut simplifier, décomposer les formes (le cubisme, p. 160: les portraits de Picasso), recomposer les couleurs (voir les tableaux de Sevrât, p. 266), qu’elle peut inventer des mondes à la fois réels et différents du réel. Tout ceci reste du domaine de l’image, du monde représenté. Par exemple, la peinture surréaliste (p. 167) donne à voir les rêves de l’artiste. Et le rêve est une réalité dans la tête du rêveur.

Il y a donc quelque chose qui appartient en propre à la peinture (et d’une autre façon à la mosaïque, au vitrail), c’est le troisième miracle de l’œuvre. Ce miracle produit aussi bien une image du réel qu’une image toute nouvelle, qui ne ressemble à rien, 11e figure rien (011 dit : art abstrait, non figuratif). C’est 1111 miracle du genre de l’alchimie, qui part de couleurs posées sur une surface pour aboutir à une « œuvre », à un monde.

La technique

O11 explique dans ce livre les mystères de la technique (architecture, p. 41 : peinture, p. 118: sculpture, p. 88). Mais ces techniques, même bien

maîtrisées, ne suffisent pas. Certains peintres, très habiles à créer l’illusion, en arrivent à tromper l’œil de ceux qui regardent : une fenêtre s’ouvre dans un mur, quelqu’un s’y penche, nous regarde… et puis non, c’est un pan de mur aveugle et un peintre a très bien travaillé.

Mais tous les illusionnistes ne sont pas de grands artistes. Pourquoi peut-on créer de belles images sans faire réellement de la peinture ?

A cause de notre troisième miracle, qui utilise la technique, mais qui va plus loin que la technique. A cause de ceci : la peinture, en tant qu’art, produit des images – mais le peintre est autre chose qu’un imagier. Comme aurait dit M. de La Palice, un peintre n’est pas un photographe, n’est pas un illusionniste de l’ apparence – un peintre est un peintre, à la fois dessinateur (maître des lignes et des formes) et maître des couleurs. Grâce à l’artiste, des couleurs disposées sur une toile selon certaines formes se transforment en lumière, en ombre, en jour et en nuit; elles deviennent de l’espace, des choses, des corps, du mouvement…

Le geste de l’artiste

Pour voir tout cela, il faut regarder le tableau d un peu loin. Mais si on se rapproche, si 011 va peu à peu se coller le nez sur une partie du Tableau, un autre univers apparaît. C’est celui que crée la main, le geste de l’artiste. C’est toujours un univers de traces : traces du pinceau, de la brosse, du couteau, dans la peinture traditionnelle • traces de la peinture versée, cordée, dans certains styles actuels ; et toujours, traces du corps de l’ artiste qui doivent exister pour que les traces de l’esprit, des sentiments, de l’idée puissent se manifester, pour que l’espace du tableau se construise, pour qu’une image se révèle, pour qu’une histoire se raconte.

L’échange des métamorphoses

La peinture n’est un art que parce que tous ces éléments existent les uns par rapport aux autres. Elle est image et idée, et sentiment, parce qu’elle est chimie de la couleur disposée sur la toile. Elle est alchimie mystérieuse parce qu’elle porte des sentiments, des idées, qu’elle vient d’un être humain, I artiste, et s adresse à nous, êtres humains. Un grand  poète mexicain, Octavio Paz, a dit : « Toute œuvre d’art est une possibilité permanente de métamorphose, offerte à tous les humains. » Mais si la peinture – comme le font autrement la sculpture, l’architecture et aussi la musique, l’œuvre littéraire, la poésie – peut nous métamorphoser, c’est qu’elle-même est une métamorphose. C’est pourquoi 011 a pu dire que les grands peintres mettaient sur leurs pinceaux non pas des couleurs vendues par un marchand (autrefois, ils les préparaient eux- mêmes, ces couleurs), mais de la lumière, de l’ombre, des reflets… Cette métamorphose n empêche pas le tableau d être 1111 objet matériel, transformé par le temps.

En effet, si on regarde un tableau de tout près, on ne voit pas seulement la trace de la main du peintre, celle de sa technique, sa manière de couvrir la toile, ce mélange lisse ou rugueux, mince ou épais qu’on appelle la pâte, mais aussi les traces du temps, qui usent tout.

Vidéo : L’art:apprendre à voir

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