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Le baptéme de l’objet bouleverse l’art

Vous êtes ici : » » Le baptéme de l’objet bouleverse l’art ; écrit le: 9 mars 2014 par La rédaction

Le baptéme   de l'objet bouleverse l'art

Au Salon des indépendants de 1912, Marcel Duchamp présente Nu descendant un escalier n° 2 inspiré des chrono- 56. photogrammes de Marey, mais un petit groupe de peintres animé par Gleizes le prie, par l’intermédiaire de ses frères Jacques Villon et Raymond Duchamp-Villon, de le retirer.



Le scandale, paraît-il, est évité de justesse, mais c’est pour Duchamp un coup très dur, il comprend qu’il n’a rien à faire dans une coterie d’artistes, et qu’il lui faut désormais ne compter que sur lui-même.

C’est au cours de cette période de repliement sur soi qu’il invente ce qu’il nommera plus tard des ready-made,« choses toutes faites », objets manufacturés quelconques, aussi éloignés que possible de l’œuvre d’art. Il fixe une roue de bicyclette, la fourche en bas, sur un tabouret et achète un porte-bouteilles en fer, qu’il intitule Sculpture, au Bazar de 57. l’Hôtel de Ville.

Le baptême artistique de l’objet fait basculer l’esthétique dans l’éthique, l’art devient un simple geste moral accompli sous la seule responsabilité du décideur ; le scandale qui  allait ouvrir au XXe siècle des regards neufs sur le monde s’accomplit, l’art retrouve le sens de la nature moderne, industrielle et urbaine.

Le ready-made s’affirmera, outre son caractère embléma­tique, comme le stade originel de la négativité dada. Son ampleur positive prendra, avec le temps, la valeur d’un langage poétique que Rauschenberg intégrera, un demi-siècle plus tard, dans le contexte pictural de Y action painting, ouvrant la voie au pop art aux États-Unis et au Nouveau Réalisme en Europe.

Le ready-made est la piste de lancement de la fonction ludique de l’art, Yhomo ludens succède à Y homo faber, son poids moral consacré par la rupture de la relation sujet-objet, domine une part considérable de la culture moderne.

Lorsque Marcel Duchamp posa à Paris en 1913 sa Roue de bicyclette, sur un tabouret la fourche renversée, la notion de ready-made lui était encore étrangère ; le geste sans portée esthétique ni intervention de la main, était « anartistique », terme que Duchamp préférait à « antiartistique ». Il ressortait de la distraction, du plaisir de considérer le mouvement de la roue comme un antidote au mouvement habituel de l’individu autour de l’objet regardé.

Laissés à Paris lors du départ de Marcel Duchamp aux États-Unis deux ans plus tard, la Roue de bicyclette et le Porte- bouteilles furent détruits, puis refaits à New York lorsque l’idée du ready-made se précisa. In Advance ofthe Broken Arm (en avance du bras cassé) est le premier objet, une pelle à neige acquise dans une quincaillerie, à porter ce qualificatif. Michel Butor dans un article de la revue Critique en mars 1975, remarquera que l’indifférence du choix avait une connotation sociologique, le porte-bouteilles était inconnu des Américains et la pelle à neige des Français.

Fountain, un urinoir en porcelaine posé à plat avec inscription « R. Mutt 1917 », présenté par Duchamp au salon de la Society of Independents Artists de New York, est refusé, mais l’auteur étant membre du jury l’objet est placé derrière une cloison. Le geste’ doublement iconoclaste provoque le scandale non seulement à cause de la nature de l’objet mais du détournement de son attribution. Marcel Duchamp qui l’avait cherché, ne voulant pas avoir le comportement traditionnel de « l’artiste-peintre », s’en trouva pleinement satisfait.

Fountain est l’acte fondateur de la dénégation du goût et du décalage des « choses » (terme duchampien) par rapport à l’attendu.

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