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Le lourd héritage de la programmation

Vous êtes ici : » » Le lourd héritage de la programmation ; écrit le: 28 février 2013 par La rédaction

Le lourd héritage de la programmationNouvelle venue dans la division du travail, la relative auto­nomisation de la réflexion et de la formalisation programma­tique advient dans un contexte où se conjuguent technocratie et fonctionnalisme.

Analysant les conditions de mise en place de la politique des villes nouvelles, J.-M. Boyer relève : « Le faisceau des fonction­naires gaullistes montre la relation extrêmement étroite entre le pouvoir central et le lancement du projet. Il s’agit d’un personnel caractérisé par les méthodes de travail et une attitude politique originale qui prit dans les années soixante — soixante- dix le nom de technocratie. C’est plus précisément une alliance étroite entre un pouvoir politique porteur de grands projets etun personnel administratif profondément mobilisé pour mener à bien ceux-ci, dans une relative autonomie par rapport aux forces économiques, du moins sur le plan de l’aménagement. »Dans le même temps, les architectes, urbanistes et autres tech­niciens impliqués dans la planification et la programmation des villes nouvelles adhèrent



encore, généralement, aux doctrines fonctionnalistes du Mouvement moderne que Daniel Pinson campe ainsi : « Le Mouvement moderne prétend produire une esthétique généralisable, assise sur la recherche d’une vérité uni­verselle, qui va trouver dans la fonction, expression technico- sociale de l’usage, l’un de ses arguments essentiels et dans le logement de masse l’un de ses terrains d’application privilégiés. »La conjonction entre la démarche technocratique et la pensée fonctionnaliste va s’opérer autour d’une référence commune à la notion de « besoins » – notion problématique dont on a quelque peine à se départir tant elle est prégnante dans le discours admi­nistratif comme dans le sens commun. Et cependant Maurice Halbwachs en disait déjà : « Séparer, comme Sax et Wagner, les besoins en catégories, pour donner un fondement à l’activité de l’Etat et de la commune, est peu probant. A quoi bon coller l’éti­quette : besoin collectif sur l’armée ou le chemin de fer ? »

Jean-François Augoyard questionne également la notion de besoins : « Il faut évoquer la redoutableLe lourd héritage de la programmation question des besoins, qui encombre depuis plusieurs années la recherche en sciences sociales, et qui cache à peine un retour du vieux débat entre vita­lisme et mécanisme. Les besoins sont-il “naturels”, signes appé- titifs vitaux, ou bien produits du devenir social, conditionnés par les rapports de production ? Renvoient-ils à un désir « pro­fond », qui prend forme selon les conditions du moment, ou bien sont-ils créés historiquement ?» 5

Dans la pratique programmatique, cette notion fausse le jeu : le besoin, très relatif, est convoqué par le fonctionnalisme qui le voudrait universel et codifiable, en sorte de justifier et d’arrêter une réponse qu’il croit ou veut définitive. Par ailleurs, l’articu­lation besoin-fonction privilégie tendanciellement, et de façon réductrice, la destination patente des choses, comme si l’on se ren­dait au bistrot « seulement » pour assouvir sa soif et à l’école « seulement » pour apprendre ce qui est inscrit au programme.

Ainsi, malgré la nécessaire réflexion programmatique quand l’action doit être menée par un grand nombre de partenaires, il est heureux que la vie soit la plus forte, qu’elle ait le dernier mot. C’est ce que relève Daniel Pinson :(« Le désordre introduit par l’ha­bitant, bricoleur ou pas, est en réalité la résistance qu’il oppose à cette folie envahissante de la norme administrative et de l’esthétique homogénéisante, sous l’effet conjugué de l’extério­risation de ses modèles culturels et de ses aspirations à l’auto- organisation. » Comme le dit très justement Edgar Morin : « La pseudo-rationalité considère que tout ce qui échappe à l’ordre centralisé, hiérarchique et spécialisé, est du désordre et du gaspillage, qui doit être refoulé et si possible éliminé. En fait, c’est l’ordre pseudo-rationnel qui s’effondrerait s’il y avait éli­mination du désordre sous-jacent. »

Si nous faisons l’hypothèse optimiste que la décentralisation peut tempérer le technocratisme d’État et que la pensée platement fonctionnaliste régresse, il reste que la programmation urbaine pose encore de nombreux problèmes.Le lourd héritage de la programmation


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