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Les mouvement dans la peinture : Art cinétique et Op’art

Vous êtes ici : » » Les mouvement dans la peinture : Art cinétique et Op’art ; écrit le: 21 mai 2012 par La rédaction

Les mouvement dans la peinture : Art cinétique et Op'art

CONTEXTE

le mot « cinétique », du grec kinesis, caractérise le « mouvement » en physique et par extension dans l’art. L’op art, abréviation de Optical Art – nom américain donné par le rédacteur de la revue Time Magazine aux œuvres proches du cinétisme, dont Joseph Albers est l’initiateur – définit l’illusion optique du mouvement. Laszlo Moholy-Nagy, artiste d’origine hongroise, est l’un des précurseurs de l’art cinétique et de l’op art par ses recherches d’avant-guerre comme les artistes sculpteurs d’avant-garde russe, Naum Gabo et Antoine Pevsner, qui participent à l’éclosion du constructivisme (sculpture d’une plastique dynamique).



L’art cinétique s’étend en 1954 aux œuvres de Victor Vasarely, son fondateur français. Celui-ci élabore une nouvelle représentation artistique du monde qu’il définit en 1955 dans son Manifeste jaune remplaçant la notion de nature par celle de beauté artificielle. Les années soixante sont marquées par les innovations technologiques et scientifiques, l’envoi des premiers hommes dans l’espace et l’enthousiasme pour la vitesse. Les échanges artistiques internationaux se développent à la Biennale de Venise, (créée en 1895), de Sao Paulo (inaugurée en 1951) et de Paris, (fondée en 1959).

L’art cinétique a pour origine certaines créations spontanées : toiles de Turner, des futuristes ou dynamisme immobile de l’orphisme. Victor Vasarely élabore une technique pour intégrer le mouvement à l’œuvre d’art. Cela génère un Groupe de recherche d’art visuel, le G.R.A.V., né en 1960 de la volonté de six artistes : Horacio Garcia- Rossi, Julio Le Parc, François Morellet, Francisco Sobrino, Joël Stein et Jean-Pierre Yvaral. Ils proposent dans un manifeste d’éliminer la catégorie « œuvre d’art » et de déplacer l’art dans la rue comme un bien de consommation. L’œuvre d’art est réalisée en de nombreux exemplaires, tous identiques, appelés « multiples » sans que préexiste l’original (le multiple n’est pas une reproduction, à la différence d’une gravure, mais un tirage dont la qualité ne varie pas). La  galerie parisienne Denise René joue un rôle primordial dans l’art cinétique et dans la cohésion du G.R.A.V. : elle organise deux expositions en 1965, une à Paris, « Le Mouvement » et une au musée d’Art moderne à New York, « The Responsive Eye » qui a un écho fondamental pour l’op art.

Le 10 avril 1966, le G.R.A.V. organise « une journée dans la rue ». Les années 1965-1968 marquent l’apogée de l’art cinétique et du G.R.A.V. Julio Le Parc reçoit la consécration suprême de l’époque, le grand prix de la Biennale de Venise. En réaction à ce grand prix décerné à un seul, le groupe se dissout en 1968. La multiplication des centres de création et de diffusion de l’art cinétique, stimulée par le grand succès qu’il rencontre en Europe et aux Etats-Unis, engendre une circulation internationale des œuvres.

CARACTERISTIQUES

L’expression du mouvement et le mouvement réel peuvent être représentés selon différentes méthodes : par un simple effet optique décidé par l’artiste et basé sur des réactions physiologiques de la perception visuelle (Vasarely, Morellet, Picelj, Riley) ; par la superposition de lignes ou de trames dans l’espace, qui provoque un effet de moirage et crée une sensation de mouvement sans que rien ne bouge dans l’œuvre elle- même (Yvaral, Agam, Soto, Cruz-Diez, Tomasello) ; par un mouvement réel de l’œuvre, autonome ou dû à une manipulation du spectateur (pour les sculptures : Kowalski notamment) ; par le lumino-cinétisme, jeux de lumières et reflets lumineux (Le Parc, Schôffer, Stein, Demarco, Calos, Boto, Mack, Piene) ; par les effets résultants de l’utilisation des couleurs (Schoonhoven).

Dans toutes les œuvres de l’op art, le mouvement est purement optique, jamais réel. Dans l’art cinétique, l’œuvre et/ou le spectateur peuvent bouger. Tous les artistes cinétiques ont réalisé des œuvres cinétiques et optiques. En revanche, les artistes de l’op art n’ont pratiquement jamais réalisé d’œuvres cinétiques. Les artistes créent sur petits ou immenses formats selon la destination et le matériau de l’œuvre. Les petits formats sont composés de panneaux, striés, imprimés, martelés, en verre cathédrale ou en’ métal, pour être accrochés sur un mur. Les grands formats polychromes ou en panneaux d’aluminium composés animent l’architecture de lieux publics : la faculté des lettres et des sciences humaines de Montpellier (Vasarely), les murs du siège de la régie Renault à Boulogne-Billancourt (Soto, Le Parc, Dewasne, etc.).

Les artistes cinétiques et de l’op art utilisent des matériaux nouveaux, le Plexiglas, le métal, les circuits électriques, les ampoules électriques et les néons; les moteurs et les sources d’énergie artificielle. A la différence des artistes cinétiques, les artistes de l’op art n’utilisent jamais de peinture mais la durée, l’espace et la lumière. La notion de peinture traditionnelle autour d’un sujet disparaît au profit de la peinture de constructions de machines, d’objets, d’environnement, immobiles et/ou à rendre mobiles Les formes utilisées sont géométriques et élémentaires. La permutation de ces formes simples permet de réaliser une infinité d’œuvres Les formes géométriques blanches et noires provoquent un « contraste maximum (qui) crée une vibration optique ».

Celle-ci peut être renforcée par une polychromie très vive, selon des associations ou des oppositions de couleurs chaudes et froides. Les artistes cinétiques utilisent la lumière directe ou réfléchie comme un matériau. La projection mobile de lumière sur les supports métalliques, écrans de miroirs, brouillent les limites concrètes de l’œuvre. Les artistes y projettent de la lumière naturelle, de la lumière d’ampoules électriques, de néons fixes ou mobiles, de la lumière « noire », du laser et même de la lumière solaire en variant les fréquences d’allumage, l’intensité lumineuse et la direction des faisceaux.

ARTISTES

France

Victor Vasarely

(Viktor Vasarhelyi, 1908-1997), artiste français d’origine hongroise, est le fondateur du cinétisme. Les formes géométriques sont mises en perspectives pour créer une impression de volume concave ou convexe, de vague ou de creux. Victor Vasarely grave aussi sur des grands panneaux de verre agencés parallèlement ou en paravent. Le graphisme de chaque panneau varie au gré du déplacement du spectateur.

Julio Le Parc

(né en 1928), principal protagoniste du G.R.A.V., crée des tableaux à reflets lumineux et organise ses recherches à partir de plaques de métal poli suspendues qui reflètent la lumière, miroirs concaves et convexes qui modifient les images ; c’est sur le regard qu’il agit.

Joël Stein

(né en 1926) manipule également des volumes en Plexiglas et des miroirs. Il est un des pionniers de l’utilisation du laser.

Jean Dewasne

(1921-1999) déploie de grandes fresques au circuit géométrique sophistiqué dans des espaces architecturaux.

François Morellet

(né en 1926) a une démarche « hyperréaliste et scientifique ». Ses systèmes de grilles, de trames attirent le regard qu’éblouissent des ondulations lumineuses. L’artiste cinétique s’impose un système de règles géométriques : nombre de trames et degré de leur inclinaison par rapport aux angles droits du carré de la toile.

Nicolas Schöffer

(1912-1980), français d’origine hongroise, théoricien du mouvement, présente les principes du « spatio-lumino-chrono-dynamisme ». Il travaille sur la notion de « micro temps ». Certaines de ses œuvres sont programmées pour adresser à la rétine un nombre de plus en plus élevé d’images à la seconde. Il réalise des projections mobiles à partir de ses sculptures spatio-dynamiques sur lesquelles la lumière projetée réfléchit une autre lumière colorée qu’il projette sur un écran. Jean-Pierre Yvaral (né en 1934), fils de Vasarely, est le spécialiste des effets de moirages : reliefs par superposition de trames linéaires tridimensionnelles en fils vinyliques ou-en plaques de Plexiglas. Il travaille sur ordinateur pour décliner l’image digitalisée selon diverses trames colorées.

Yaacov Agam

(né en 1928), Israélien de naissance, arrive à Paris en 1951. Il invente le tableau transformable à lamelles, qualifié de peinture « polymorphique » : elle présente plusieurs facettes selon la position du spectateur. Ses tableaux sont des panneaux recouverts de lignes et de  formes colorées sur lesquelles il fixe des lamelles triangulaires, colorées, elles aussi verticales et perpendiculaires au plan qui permettent de voir trois compositions différentes selon la situation du spectateur, de gauche à droite. En se déplaçant le long du panneau, le spectateur voit progressivement la composition se transformer et les plans qui lui étaient cachés alors que disparaissent les précédents.

Les Argentins Ninos Calos et Marta Boto adaptent leurs recherches lumino-cinétiques à l’échelle architecturale. Boto élabore des écrans lumineux et s’intéresse au rythme des lumières projetées sur des structures en mouvement disposées dans une boîte.

Hugo Rodolfo Demarco

(1932-1995), d’origine argentine, invente le tableau à reflets lumineux. En plus de l’utilisation de la lumière artificielle sur des supports métalliques et des écrans de miroirs, il expérimente aussi la lumière « noire » sur des formes en mouvement.

Raphael Soto

(né en 1923), un Vénézuélien à Paris, étudie les vibrations optiques qui le conduisent au cinétisme. Il  élabore un principe de réflexion optique systématique de la forme géométrique à partir de points colorés. Ses « Écritures » et « Vibrations » sont des panneaux peints traversés de fines lignes striées parallèles noires, blanches et parfois jaunes devant lesquelles il suspend des tiges de métal, de bots ou de fils de nylon. Cette superposition crée une vibration purement optique. Le Vénézuélien Carlos Cruz-Diez (né en 1923) réalise des tableaux en lamelles de Rhodoid translucide qui décomposent et recomposent la lumière colorée et provoquent des effets optiques.

Italie

L’œuvre de Luis Tomasello (né en 1915) repose sur un principe similaire à celui d’Agam, principe de réflexion de la lumière. LE GRUPPO INI à Padoue (1960-1964) réalise des recherches graphiques sur la réflexion de la lumière, la transparence et l’effet de miroir. LE GRUPPO T (Arte programmata), à Milan (1959-1966) axe sa. Recherche sur le cinétisme dans une conception industrielle (liquide vis- j queux coloré placé entre deux feuilles de plastique transparent, limaille de fer animée par un aimant, etc.).

Allemagne

Trois peintres principaux parmi lesquels Heinz Mack (né en 1931) et Otto Piene (né en 1928) créent le GROUPE ZÉRO (1957-1960), groupe d’art et de technique au même titre que le G.R.A.V.. Mack travaille sur le rapport matière-lumière et réalise des œuvres lumino-cinétiques sur toiles noires et blanches puis sur aluminium ondulé ou sur matériaux translucides.

Grande-Bretagne

Bridget Riley

(née en 1931) juxtapose de fines lignes ondulantes, strictement parallèles, noires et blanches, insoutenables au regard qui les fixe plus de quelques secondes.

Hollande

Jan Schoonhoven (né en 1914) appartient au groupe GRŒP NUL (1957-1967). Les artistes réalisent des monochromes animés d’effets optiques qui donnent la sensation de vide et de plein.

Yougoslavie

Ivan Picelj (né en 1924) crée le GROUPE EXAT 51 actif à Zagreb entre I 1951 et 1953. Opposé au réalisme socialiste, il réalise des œuvres scientifiques, abstraites et géométriques de caractère cinétique à partir de la pureté de la ligne souvent mise en volume (boules évidées par des stries parallèles qui, selon la lumière projetée, offre des ombres variées).

OEUVRES

Ambigu

Vasarely, 1969, galerie Denise René, Paris.

Cercles fractionnés

Le Parc, 1965, collection particulière.

La Longue Marche

Dewasne, 1968-1969, collection particulière.

1″ panneau : 0°-90° ; 2e panneau : 0°-9Q°-30°-120° ;

3e panneau : 0°-90o-30°-120o-60°-150°

Morellet, 1977, collection particulière.

Prisme avec boîte à effets et Lux II

Schôffer, 1965, collection particulière. Structures changeantes, Yvaral, 1966, collection particulière. Environnement pictural total au salon de l’Élysée, Agam, 1972, Paris.

Écriture de Venise

Soto, 1964, collection particulière.

Orient IV

Riley, 1970, collection particulière.

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