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Les mouvements dans la peinture : Maniérisme

Vous êtes ici : » » Les mouvements dans la peinture : Maniérisme ; écrit le: 16 mai 2012 par La rédaction modifié le 23 octobre 2018

Les mouvements dans la peinture : Maniérisme

CONTEXTE

A  la veille du sac de Rome par Charles Quint en 1527, l’art s’écarte de l’équilibre classique de la Renaissance. Un style qui sera ultérieurement appelé « maniérisme » par l’historien de l’art Luigi Lanzi en 1792, conquiert tous les domaines artistiques et surtout la peinture. Le maniérisme né à Rome s’épanouit dans toute l’Italie, se répand en Europe à partir de 1530 et persiste jusqu’en 1610.



Le terme dérive de maniera, synonyme de « style » à la Renaissance. Les peintres italiens vénèrent la maniera moderna (Giorgio Vasari, Le Vite [Les Vies]) des grands maîtres de la Renaissance. Ils copient les œuvres de Léonard : le carton de la Bataille d’Anghiari (1503- 1505) Léda et le Cygne (1513 ?) ; celles de Michel-Ange : le carton de la Bataille de Cascina (1504), le plafond de la chapelle Sixtine (1508-1512) puis le Jugement dernier (1536-1541) ; ils étudient aussi la chambre d’Héliodore (1511-1514) et la chambre de l’incendie (1511-1517) de Raphaël. Cette inspiration s’écarte de la nature et génère une expression étrange et artificielle annoncée par le Tondo Doni (1505-1506) de Michel-Ange. Le caractère mystique et inquiet des œuvres fait écho au déclin économique en Italie et aux attaques de Luther contre la papauté. L’art maniériste s’adresse à des amateurs lettrés dans une société épicurienne et précieuse et se propage auprès des cours européennes raffinées. Les XVII et XVIIe siècles donnent au maniérisme une connotation négative et réfutent son originalité. Le XX siècle lui reconnaît une valeur stylistique propre.

CARACTÉRISTIQUES

Les maniéristes utilisent fréquemment le support de bois et peignent sur le marbre, l’agate, l’albâtre, l’ardoise et parfois sur le lapis-lazuli. Les ensembles décoratifs à fresque ornés de stucs se multiplient sur les voûtes et les plafonds des palais. Les sujets profanes dominent. Les Métamorphoses d’Ovide et les grands poèmes contemporains, comme la Jérusalem délivrée du Tasse, fournissent les thèmes. Les peintres réalisent des programmes allégoriques compliqués et des emblèmes. Genre très apprécié, le portrait est coupé à la taille et laisse les mains visibles. La composition est désordonnée et encombrée. Les tableaux juxtaposent les plans superposés, tandis que les fresques décoratives présentent de savants effets d’illusionnisme.

Le pinceau s’applique à la stylisation précieuse des détails : les tresses et les boucles de cheveux semblent ciselées. Le peintre fait montre de fantaisie et de virtuosité pour les ornements, les accessoires orfévrés, les belles matières et un cadre architectural compliqué.

L’inspiration de la Renaissance fournit un répertoire de formes et d’attitudes que leur perfectionnement réduit à l’état de formules. Le dessin conserve un rôle essentiel et s’éloigne de la traduction du réel. La ligne serpentine exagère le contrapposto classique, étire les figures en longueur et les anime d’une douceur languide (morbidezza). Les personnages féminins possèdent de petites têtes aux visages réguliers et froids. Les corps, nus ou vêtus de costumes collants qui en révèlent les formes, prennent l’aspect de la porcelaine. L’humanité désincarnée mime la pensée et l’exagère souvent par l’expression grimaçante et la tension  musculaire. La lumière froide et parfois fantastique exalte les accords colorés grinçants : le parme côtoie l’orangé et le vert d’eau. La surface peinte entièrement lisse atteint une perfection émaillée.

ARTISTES

Italie

Le Florentin Pontormo (Jacopo Carucci, dit, 1494-1556) emprunte à Michel-Ange la force dramatique. Ses œuvres reçoivent un éclairage froid qui délave les tons.    Son compatriote Bronzino (Angelo di Cosimo, dit, 1503-1572) appartient au second maniérisme florentin et peint des portraits de cour d’une abstraction glacée avec un souci du beau détail ciselé. Giulio Romano (Giulio Pippi, dit, 1499-1546) peint au Vatican avec Raphaël puis entre au service de Frédéric Gonzague de Mantoue.Après le sac de Rome, Perino del Vaga (Perino Buonaccorsi, dit, 1501- 1547) décore à fresque le palais princier d’Andrea Doria à Gênes. Parmesan (Francesco Mazzola, dit, 1503-1540) s’inspire des figures gracieuses du Corrège, les allonges de manière irréelle et se distingue par la stylisation précieuse des coiffures et des drapés.Le Cavalier d’Arpin (Giuseppe Cesari, dit, 1568-1640) marque la fin du maniérisme à Rome. Fils d’un teinturier qui lui vaut son surnom, le Tintoret (Jacopo Robusti, dit, 1518-1594) anime les grands cycles décoratifs qu’il réalise à Venise d’une intensité dramatique et d’un luminisme vacillant.

EXPANSION EN EUROPE :

Angleterre

Le Flamand William Scrots (ou Guillim Stretes,?1553) entre au service d’Henri VIII en 1545.

Bohême

Hans von Aachen (1552-1615), Josef Heintz le Vieux (1564-1609) et le peintre flamand Bartholomeus Spranger (1546-1611) développent un maniérisme intellectuel, raffiné et teinté d’érotisme à la cour de Prague de Rodolphe II, empereur germanique. Celui-ci appelle auprès de lui le Milanais Giuseppe Arcimboldo (1527- 1593) qui combine des objets et des végétaux sous forme de « têtes composées » allégoriques très imaginatives.

Espagne

Le Greco (Domenikos Theotokopoulos, dit, 1541-1614), d’origine Crétoise et disciple de Titien, étire ses personnages et leur donne l’aspect d’une flamme. Son style visionnaire et personnel s’épanouit à Tolède auprès de mécènes raffinés.

Flandres

Le maniérisme anversois (1520) initié par Jan De Beer (v. 1475-après 1520) côtoie une production traditionnelle.

France

François I  fait venir le Florentin Rosso Fiorentino (Giovan Battista di Jacopo, dit, 1494-1540) en 1530 et, en 1532, le Bolonais Primatice (Francesco Primaticcio, dit Bologne ou Boulogne, 1504-1570). Ils réalisent et dirigent de grands décors allégoriques et ornementaux à fresque enrichis de stucs, au château de Fontainebleau. Cette première ÉCOLE DE FONTAINEBLEAU donne naissance à une seconde école influencée, à la fin du xvI siècle, par les nordiques et marquée par Ambroise Dubois (Ambrosius Bosschaert, dit, v. 1543-1614) d’origine flamande, Toussaint Dubreuil (v. 1561-1602) et Martin Fréminet (1567-1619). Le maniérisme bellifontain, érudit et original, influence les artistes français tels Jean Cousin le Vieux (1490-1560).

Hollande

Haarlem devient un centre brillant du maniérisme international avec Cornelisz Van Haarlem (Cornelis Cornelisz, dit, 1562-1638) et Hendrick Goltzius (1558-1617).

ŒUVRES

Déposition,

Pontormo, vers 1526-1527, église Santa Félicita, Florence.

Le Bain de Cupidon et Psyché

Romano, 1527-1531, palais du Té, Mantoue.

La Madone au long cou

le Parmesan 1534-1540, musée des Offices, Florence.

La Mort d’Adonis,

Rosso, 1534-1537, galerie François-l”, château de Fontainebleau.

Lucrèce Panciatichi,

Bronzino, 1540, musée des Offices, Florence.

Laocoon,

le Greco, 1600, National Gallery, Washington.

Vénus endormie,

Josef Heintz, vers 1600, Kunsthistorisches Muséum, Vienne

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