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Lorsque aucun tabou ne subsistera:Le corps, ultime scandale de l’art.

Vous êtes ici : » » Lorsque aucun tabou ne subsistera:Le corps, ultime scandale de l’art. ; écrit le: 6 mars 2014 par La rédaction

Lorsque aucun tabou ne subsistera Le corps, ultime scandale de l’art.

Michel Journiac a élaboré un système émotionnel ca- 79.80.81. pable de stimuler la sensibilité d’autrui par la seule utili­sation de son propre corps considéré, en transgressant les lois morales, sous le triple aspect artistique, sociologique et critique.



Les actions qu’il crée, ou dont il détourne la signification avec l’onction blasphématoire du séminariste défroqué, témoignent de la réalité de ce corps ritualisé. Dans la Messe 80. pour un corps il mime la célébration eucharistique en donnant à communier, en signe de partage, du boudin confectionné avec son propre sang. Dans le Rituel pour un mort de 1976, et le Rituel érotico-patriotique masturbatoire de 1979, l’ob­session de la mort tend à faire basculer la charge énergétique dans des figures ou des situations limites de la performance fétichiste. La mort est l’ultime prise de parole du corps.

Il est le matériau avec lequel agit Gina Pane. Mais le corps blessé, déchiré, agressé ; le risque physique et le recours à la douleur sont regardés comme vecteurs de communication.

L’artiste se maquille avec une lame de rasoir, avale de la viande avariée, marche sur des débris de verre qu’elle lèche ensuite, gravit pieds nus une échelle métallique aux arêtes acérées, etc.

Elle braque sur les spectateurs une caméra-vidéo, ou les photographie afin de contrôler l’émotion qu’ils éprouvent, ou leur révéler leur comportement. Les dérèglements biologiques que Gina Pane s’impose en se mutilant suscitent le malaise ; elle conduit ses actions jusqu’aux limites de l’épuisement, ou de l’intimité en exposant ses tampons périodiques, pour briser l’indifférence ou l’incrédulité du public. Et de provoquer une certaine jouissance collective.

L’art corporel est l’ultime scandale de l’art, il n’entre­tient aucun rapport avec une autre forme supposée artis­tique, il est exclusif, intransigeant, dérangeant, étranger aux anciennes valeurs esthétiques et morales dont il est néanmoins l’un des avatars. N’excluant ni masochisme, ni voyeurisme, ni érotisme, surenchère de la chair ou jeux sanglants, il ne met pas le corps en représentation, comme au cours de l’histoire, mais en question. Il n’est pas image mais action.

La mutation profonde qui a introduit l’art corporel apparaît moins esthétique que morale. Il répond à la fatalité d’une crise sociologique qui tend à faire du scandale un humanisme sub­versif fondé sur la révolte ou la dérision, comme expression d’une identité vulnérable et violente. Non dépourvue parfois, comme chez Yves Klein, d’une certaine religiosité.

L’art, dans son actualité où tout est leurre, ne saurait se passer d’un langage de trop. À moins qu’il ne soit en phase avec la farce comme sait le faire le provocateur le plus doué dans la spécialisation de la communication par le scandale, Maurizio Cattelan, l’auteur 82. fameux du pape écrasé par une météorite (La Nona oni),

vendu des sommes de plus en plus astronomiques. Avec cet Italien de quarante-cinq ans dont on se dispute les œuvres agressives, ambiguës ou bouffonnes à coups de millions de dollars, une étape nouvelle est franchie dans les rapports de l’art et du marché. Le scandale entre dans le monde du profit.

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