Nietzsche : Vie et vérité

Nietzsche : Vie et vérité

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Nietzsche Vie et vérité 150x150 Nietzsche : Vie et vérité

Promouvoir la vie

A plusieurs reprises dans son œuvre, Nietzsche souligne l’utilité de l’erreur. Citons par exemple ce passage bien connu de Par-delà bien et mal :

 « Qu’un jugement soit faux, ce n’est pas, à notre avis, une objection contre ce jugement… Le tout est de savoir dans quelle mesure ce jugement est propre à promouvoir la vie, à l’entretenir, à conserver l’espèce, voire à l’améliorer. »

Vérité ou erreur s’effacent devant cette valeur supérieure qu’est la promotion de la vie. D’ailleurs, ce sont des valeurs relatives : ce qui est vrai du point de vue de tel type de vie sera faux du point de vue d’un autre. Il n’est qu’une valeur qui ne puisse, absolument parlant, être mise en question : la valeur de la vie elle-même.

« Nos jugements de valeur sont en relation avec ce qui nous apparaît comme les conditions de notre existence ; si ces conditions changent, nos jugements de valeur se modifient. »

On peut déprécier une vérité ou valoriser une erreur au nom des conditions d’existence de tel ou tel type de vie. C’est d’ailleurs l’objet propre de la morale que de défendre des types de vie :

« J’appelle “morale un système de jugements de valeur qui est en relation avec les conditions d’existence d’un être. »

Mais ce qu’on ne saurait faire sous peine de non-sens, c’est de déprécier la vie elle-même :

« Quand nous parlons de valeurs, nous parlons sous l’inspiration de la vie, dans l’optique même de la vie : c’est la vie qui nous force à poser des valeurs, c’est la vie qui “valorise’’ à travers nous chaque fois que nous posons des valeurs… »

L’art au-dessus de la Vérité

Vérité et erreur étant des valeurs relatives à la vie même, il devient compréhensible que l’art soit plus important que la vérité elle- même, spécialement s’il exerce une fonction protectrice de la vie. Deux questions se posent dès lors : pourquoi la vie devrait-elle souffrir de la vérité et en quoi l’art peut-il l’en protéger ?

La quête de la vérité n’est pas une entreprise dépourvue de risque, tant il est possible que la vérité soit contraire aux intérêts vitaux de ceux qui s’en mettent en quête. C’est en ce sens que la recherche de la vérité implique du courage : « L’erreur est une lâcheté… ». L’histoire de la philosophie elle-même doit être repensée à partir de la question de savoir « Quelle somme de vérité supporte un esprit, quelle somme de vérité ose-t-il ? ».

Détruire les fictions

Le monde n’est pas, comme nous le voudrions, peuplé de choses, d’êtres, mais est processus, devenir. On sait que Nietzsche reproche en ce sens à Platon et à ses successeurs d’avoir inventé la fiction rassurante d’un monde immuable et éternel quand tout est soumis au changement, de n’avoir pas eu le courage d’un Héraclite :

« Tout ce que les philosophes ont manié depuis des millénaires, ce n’étaient que des momies d’idées ; rien de réel n’est sorti vivant de leurs mains… La mort, le changement, le vieillissement, tout autant que la procréation et la croissance, suscitent en eux des objections, si ce n’est une réfutation ! Ce qui est ne devient pas ; ce qui devient n’est pas… »

Nietzsche évoque d’autres fictions philosophiques  la croyance au libre-arbitre ou encore, après Spinoza, la fausse causalité qui masquent ce que la vérité peut avoir de blessante, mais la plus fondamentale de toute reste celle qui masque la réalité du devenir, le caractère périssable de toute chose et partant, le tragique de la condition humaine.

La philosophie, nécessairement tragique

La réalité n’est pas ordonnée aux désirs des hommes. Un tel constat ne laisse place qua trois attitudes philosophiques. La première est la négation de la réalité au bénéfice de la fiction rassurante d’un monde «vrai» opposé au monde «apparent». C’est la voie de Platon en laquelle Nietzsche décèle au fond une lâcheté. La deuxième est la voie hégélienne qui est de réconciliation avec la réalité : la philosophie doit conférer sens et rationalité à la caducité des choses. Nietzsche ne voit dans cet effort que le prolongement d’une disposition psychologique à refuser ce qu’il appelle l’innocence du devenir :

« Nous voulons avoir une raison de nous sentir de telle ou telle manière de nous sentir bien ou de nous sentir mal.

Il ne nous suffit jamais de constater le fait que nous nous trouvons dans tel ou tel état : nous n’admettons ce fait, nous n’en devenons conscients que lorsque nous lui avons donné quelque motivation. »

Le mal n’est pas le bien, l’absurde n’est pas le sens, nulle dialectique ne saurait nous persuader du contraire : pour Nietzsche, la philosophie ne peut-être que tragique. Ce qu’il appelle conception tragique de la vie, c’est l’acceptation de tout le réel et même du pire, c’est l’approbation « de la vie dans son entier, dont on ne renie rien, dont on ne retranche rien. » Mais si la vérité est tragique, n’est- elle pas trop difficile à supporter ? Comment concilier le tragique de l’existence et le choix de son approbation ? C’est précisément à ce point qu’intervient le rôle protecteur de l’art.

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