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Paysages sous surveillance :Points d’impact

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Paysages sous surveillance :Points d’impact

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Au lieu de définir elle-même les règles de la protection du public, l’architecture concourt, parmi d’autres instances, à offrir un champ d’application au maintien de l’ordre. Ce nouveau rôle est aujourd’hui consigné au travers des Diagnostics locaux de sécu­rité (DLS), dont l’objet est d’associer les dispositifs du maintien de l’ordre aux projets de réhabilitation. Les fameuses grilles d’équi­pements qui servaient, jusqu’au milieu des années soixante-dix, à quantifier les services à disposer au cœur des espaces verts sont ainsi soumis à une nouvelle grille de lecture. En délimitant les territoires de la politique locale de la sécurité en fonction des demandes et des phénomènes constatés, les diagnostics ont mis en place une représentation du territoire qui ne dépend plus des statistiques de la démographie et de l’économie mais de l’emboî­tement des missions de sécurité. « Au terme de cette phase de diagnostic, on disposera d’un ensemble de cartographies décri­vant l’espace public sous l’angle de la sécurité », écrit Philippe Estèbe . Mais ces cartographies restent, pour l’instant, abs­traites : contrairement au zoning qui délimitait des surfaces de terrains pour leur attribuer une fonction, les résultats des DLS ne font que désigner l’inscription des pratiques institutionnelles dans le territoire social. Or le positionnement dans l’espace de ce que la Police nationale nomme les « zones de compétences territoriales » n’a pas encore fait l’objet d’une programmation

explicite : de qui relèverait-elle, de l’État, de la ville, des ges­tionnaires d’immeubles ou des responsables des équipements?

Le contrôle social ne se manifeste plus implicitement sous la figure de l’autorité d’un prince ou de l’Etat mais apparaît comme une contrainte en soi qui, au même titre que d’autres — comme la sécurité routière ou la sécurité contre l’incendie -, conditionne chacun des projets sur l’espace public. Mais si cette contrainte est particulièrement déterminante, au point d’affecter non seule­ment l’usage mais également la conception de l’espace, c’est bien parce qu’aucune instance n’est encore susceptible de la repré­senter. Ainsi, dans le cadre des réhabilitations, le maître d’ouvrage n’est pas toujours unique : une préfecture, une commune, un établissement scolaire, une association de commerçants et un organisme gestionnaire peuvent s’accorder ensemble sur la définition d’un programme. Dans ce contexte, les contraintes de sécurité des biens et des personnes prennent un statut particulier. Elles dési­gnent sous une même appellation des acceptions différentes : de la notion de calme et de confort qu’exige spontanément n’importe quel locataire à son bailleur, à la volonté de cohésion sociale suggérée par tous les programmes d’action publique ou partena­riale, en passant par les moyens d’application du droit.

Dans ce paysage à l’intérieur duquel il est difficile de désigner le symbole d’un pouvoir dominant, l’architecture est devenue le support d’une nouvelle mise en scène : celle d’un paysage immo­bile qui attend d’être investi par un nouvel ordre technologique. Cet ordre s’impose déjà en des lieux précis comme les entrées des immeubles. Les gestionnaires des grands ensembles, ne cessant d’investir dans tous les équipements dits de contrôle des accès, ont ainsi transformé les halls en de véritables galeries des machines. Dans un immeuble d’habitat social à Nancy, conçu dès l’origine pour disposer d’un réseau de télésurveillance, le hall d’entrée est devenu le point focal, le support d’un écran où s’affichent aussi bien les messages de l’administration propriétaire que la gestion des entrées et des sorties. Le réseau électronique condense à lui seul toutes les fonctions du seuil (lieu d’échange d’informations, de flux, de chaleur…); comme pour souligner l’importance de ce rôle, le seul élément télésurveillé de ce hall est l’écran lui-même.

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