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UN DÉFI À LA MORALE : « LA DANSE » DE CARPEAUXf

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UN DÉFI À LA MORALE :  « LA DANSE » DE CARPEAUXf

UN DÉFI À LA MORALE

Ces réactions nous effarent et nous révoltent aujourd’hui.

les outrances de certains mises à part, elles expriment au confort visuel bourgeois d’une époque dont la référence suprême en art était le Salon. Temple de l’académisme il représentait, sous la férule de l’institut, la citadelle du goût farouchement opposée à toute nouveauté. Un rempart contre les errements de ceux qui, au mépris des lois morales, mena­çaient la société. Au marchand Ambroise Vollard lui propo­sant des tableaux impressionnistes un amateur répond outré :

« Quand on a des filles il faut avoir un intérieur sérieux. » C’était au nom de la morale que La Danse de Carpeaux, installée en 1869 à la façade du nouvel Opéra, expression de la grâce et du mouvement, avait été aussitôt qualifiée d’« en­seigne de mauvais lieu » et violemment attaquée par la presse conservatrice. Mérimée lui-même, pourtant peu moraliste, s’était cru obligé d’écrire que Carpeaux avait fait « un groupe de sauvages dansant le cancan devant la porte de l’Opéra. C’est à s’étonner que les sergents de ville n’interviennent  pas… ! » Une bouteille d’encre fut jetée sur le groupe on signe de réprobation indignée.

Le scandale fit de Carpeaux un pornographe que k-s journaux cléricaux dénoncèrent avec vigueur ; l’opinion publique s’émut, et le déchaînement des passions fut tel que l’Empereur décida le retrait du groupe, et commit Carpeaux d’en exécuter un second « traité avec décence en conformilé avec les aspirations du public ». Outré, le sculpteur refusa. On lui désigna un remplaçant, mais la guerre et la mort des intéressés mirent un terme à cette pénible affaire.

 La Danse de Carpeaux est l’un des chefs-d’œuvre de la sculpture naturaliste du XIXe siècle.

La révolte des bourgeois n’avait pas pour objet la nudité 39. dont les Salons étaient pleins. En 1865, non loin d’Olympia, était exposé un nu, La Naissance de Vénus de Cabanel dont le succès fut considérable. Le bourgeois, rassuré, s’extasie, la femme ne le défie pas comme la catin de Manet, elle offre sa chair rose et sucrée en phase avec l’érotisme libidineux de l’époque – l’Empereur, émoustillé, achète aussitôt cet étal de viande à consommer frais.

Les nudités du Salon, protégées par leur statut d’allégorie, de symbole ou d’histoire, étaient sans surprise, elles ne provoquaient ni le désir, ni le rêve, à peine la curiosité égrillarde, mais ne franchissaient pas les limites de la bienséance ; d’où 46. le scandale de Rolla de Gervex, d’après Musset, un magni­fique qu’admirait Degas. Ni plus, ni moins dévêtue que ses consœurs, elle fit néanmoins scandale et son « inconvenance » lui ferma les portes du Salon de 1878 ; si la jeune femme choqua c’était qu’elle était plus déshabillée que nue, en effet son corset gisait par terre, hâtivement ôté.

I ,a fracture culturelle entre le goût bourgeois et l’art est consommée. Lorsque Gervex exposera à la Galerie il’Anlin sa Rolla, le scandale de la censure lui assurera . Ainsi naît une opposition grandissante aux excès de l ordre moral ; la résistance des « pompiers » sera farouche, on sait que lors de l’inauguration de la Centennale de l’Ex- posilion universelle de 1900, l’irréductible Gérôme barra de ses bras écartés l’entrée de la salle où étaient présentés les impressionnistes au président de la République, et s’écria : N’entrez pas, c’est ici la honte de l’art français ! »

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