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Variété des paysages

Vous êtes ici : » » Variété des paysages ; écrit le: 31 janvier 2014 par La rédaction

Variété des paysages.On peut dire qu’à tout écrivain et à tout peintre cor­respond un paysage : à Stevenson et à Conrad les mers du Sud, à Gauguin Tahiti, à Melville l’Océan, à Cézanne Aix-en-Provence. De là une infinité de des­criptions que nous pouvons apparier par couples au moyen de catégories : une façon de caractériser une variété de types géographiques avec des termes comme romantique, symbolique, métaphysique, etc. Les deux choses sont ainsi toujours liées ensemble. La même montagne ou anfractuosité marine, par exemple, peut être décrite ou peinte différemment suivant les artistes et les écrivains. Il y a le paysage alpin avec la formulation préromantique du sublime chez H. B. de Saussure et la découverte par Humboldt des déserts et des steppes dans leur étrange beauté, caractéristique d’un romantisme naturaliste. Il y a le pay­sage exotique considéré dans l’Europe du XVIIIe siècle comme tropical, où la nature est libre, bonne, géné­reuse (celle de Bernardin de Saint-Pierre) et le paysage extrême-oriental, de la curiosité et des chinoiseries , typique du rococo et de l’esthétique de la grâce pro­pres à l’époque. Il y a la campagne romaine de goût romantique, avec ses lacs et ses villages, et la Venise du védutisme du XVIIIe siècle. Ainsi se dessinent des registres composites d’investigations poétiques et scientifiques et divers idéaux esthétiques correspon­dant à des lieux chers : ainsi défilent, de la baie de Naples aux brumes du Nord, les paysages de Pétrarque, de Boccace, du Tasse, des poètes “lakistes”, des sym­bolistes flamands. Le panorama s’étend infiniment, même dans le domaine pittoresque, de Poussin et du Lorrain à  Salvator Rosa, Friedrich et Turner.

Chaque découverte esthétique entraîne à son tour une transformation du goût et de la culture. Si on suit le goût individuel, on ne sait quel paysage préférer. Ceux d’Écosse ou d’Irlande avec leur charme secret, ceux de Toscane avec leur luminosité, ceux qui sont âpres et brûlés ou ceux qui sont composites et d’une végétation luxuriante, les paysages réguliers dans l’image sereine d’un classicisme revisité ou ceux qui sont irréguliers et empreints d’un goût pittoresque. La découverte de types de paysages toujours nouveaux est une preuve supplémentaire de la façon dont l’homme humanise la nature. Un processus à la faveur duquel les Alpes et les déserts ne sont pas apparus plus inhospitaliers mais sont devenus le siège de nou­velles beautés.



Le paysage depuis les origines de notre civilisation est lié aux images de la peinture ou de la littérature, suivant ce que nous suggèrent les récits mythologiques. Comme on l’a dit, le paysage peut être lu comme une œuvre d’art. La nature modèle les formes dans l’es­prit, forge des événements qui varient suivant les changements de sujet, de matière (de la terre à l’eau, des rochers aux étendues herbeuses), de conditions climatiques et saisonnières. De cette façon, nous obte­nons une succession de poétiques, des plus explicites, dues au génie de l’art, à celles, implicites, qui sont dues au génie de la terre. Outre la vision développée par les arts, l’art même du paysage est un élément consti­tutif de la perception esthétique la plus élémentaire, donnant à la capacité réceptrice de l’homme tension et force créatrice, chères à l’imagination.

Dans un jeu entre nature et sentiments se noue toute la trame variable de l’observation. Foscolo (Der­nières lettres de Jacopo Ortiz) donne une image obscure et terrible des Alpes : “La nature se tient ici solitaire et menaçante et chasse de son règne tous les vivants.” Manzoni dépeint la grâce pittoresque de “ce bras du lac de Côme”. Mais avant le XVIIIe siècle, les sentiments ne se manifestaient pas aussi fortement.

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