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Les paysagistes en france depuis 1945:Contextes

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A force d’obstination, les paysagistes ont peu à peu conquis un rôle spécifique dans les projets d’espaces publics, à travers le plan de masse, le modelage du sol ou encore l’utilisation des végétaux…

Avant la Seconde Guerre mondiale : une génération d’inventeurs

Les bouleversements de la Grande guerre ont déjà poussé une profession essentiellement conservatrice à évoluer vers la ville et l’espace public. Mais les paysagistes sont peu nombreux à por­ter leur réflexion en dehors du jardin, au niveau de l’urbanisme.

Dans l’entre-deux guerres, l’essentiel des débats urbanistiques s’établit à partir de la critique des réalisations haussmanniennes, autour de la transformation des fortifications parisiennes en espaces libres. À la fois praticiens et théoriciens, Edouard Redont et Jean-Claude-Nicolas Forestier, par exemple, sont embléma­tiques de cette génération d’« inventeurs » aux vertus pluridis­ciplinaires qui ont inscrit leur activité dans l’ensemble des échelles d’intervention, du territoire aux détails de mise en œuvre.

Homme de diffusion2, soucieux du grand public, pédagogue, gestionnaire et concepteur, à la fois jardinier et artiste, ingénieur et urbaniste, architecte et horticulteur, Forestier apparaît par ses compétences pluridisciplinaires comme la figure clé d’une certaine idée de la profession, encore efficace aujourd’hui.

À la veille du second conflit mondial, entre l’héritage pluri­disciplinaire des inventeurs de l’urbanisme moderne et le regain de l’intérêt horticole développé en opposition aux excès de la nouvelle architecture jugée trop austère, comment vont se situer les jeunes diplômés de la Section du paysage ?

L’occupation

Sous l’Occupation allemande, un service de l’Urbanisme est créé à Paris. Dès 1940, sous la responsabilité d’Edouard Crevel, architecte en chef de la Ville de Paris et du département de la Seine, et de Robert Joffet, ingénieur en chef des Travaux de Paris, chef du Service technique de l’aménagement de la zone, architectes, urbanistes, ingénieurs et paysagistes échappent au chômage puis au Service du travail obligatoire (STO). D’abord relié au service du chômage et destiné à soustraire les ouvriers des usines Renault et Citroën au STO en leur faisant effectuer des travaux de terrassements sur l’ancienne zone de servitude militaire, le service de Joffet devient celui des Travaux neufs. Au-delà des mouvements de terre, c’est dans ce service que l’idée de faire des projets a pris corps, par opposition au Service de la conservation des parcs, jardins et espaces verts de la ville, situé porte d’Auteuil, strictement chargé de l’entretien du domaine existant.

Pilier du service, après onze ans passés chez Duprat,!Albert Audias, paysagiste, ingénieur horticole formé à Versailles, par­ticipe à ce brassage d’idées. À partir des thèses de Forestier, études, plans et maquettes définissent un véritable réseau de promenades, jardins et terrains de sports pour Paris et sa banlieue.

Mais, en l’absence de moyens matériels et financiers, seuls les cartons à dessin se remplissent ; la priorité est donnée aux terrains de sports des écoles. Les terrains d’éducation physique (TEP) et les centres scolaires d’éducation physique (CSEP), bases de l’acti­vité du Service, sont traités comme des parcs ; les allées paysagères y sont tracées dans une végétation abondante. La ceinture de parcs, de squares et de terrains de jeux reprend le grand espace libre qui y était prévu dès 1912.

Après la Seconde Guerre mondiale : l’émergence d’une profession

La création de l’ordre des architectes, en 1940, contraint les pay­sagistes à abandonner leur titre d’« architecte-paysagiste ». Handicapés par cette interdiction qui réserve l’essentiel du travail aux architectes et aux ingénieurs, marginalisés par l’univers de spécialisation qui se dessine, les paysagistes sont à peine asso­ciés aux travaux de la Reconstruction et généralement cantonnés au rôle de « végétaliseurs » a posteriori.

Jacques Gréber et Théo Leveau, architectes et urbanistes, répu­tés également comme créateurs de jardins* sont sollicités, le premier pour la restructuration de Rouen et de sa banlieue, le second pour la reconstruction de Dunkerque détruite ; Michel Béjot, diplômé de la première promotion de la Section du pay­sage, décrit Le Havre (dont il dirigera le service des espaces verts durant quarante ans) comme une ville deux fois sinistrée, « une première fois par la guerre, une seconde par Perret ».

Les problématiques paysagères nourrissent les débats oppo­sant régionalisme et nationalisme, partisans du fonctionnalisme, émules de Le Corbusier et héritiers d’un urbanisme soucieux du tissu historique, dans la lignée de Forestier, dont Gréber puis Bardet et Auzelle reprennent le flambeau.

Pourtant la création de la Section du paysage et de l’art des jardins apparaît comme l’expression politique du désir de don­ner un rôle aux paysagistes dans le rétablissement de la France. Mais le contenu de l’enseignement ne parvient pas à équilibrer le poids de la tradition horticole versaillaise ; la faiblesse des moyens contraint les protagonistes de cet enseignement à res­treindre leurs ambitions, renvoyant la figure du professionnel pluridisciplinaire architecte-urbaniste-ingénieur-paysagiste d’avant-guerre au chapitre des souvenirs. Albert Audias, qui a participé à sa mise en place, Roger Puget, urbaniste en chef du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, Henri Thébaud, créateur de jardins « arts-déco », encadrent cette unique année d’enseignement, doublée dès 1950. Mais les plus appréciés sont les responsables de l’atelier, unanimement cités4 pour le goût du projet qu’ils transmettent : André Riousse d’abord, archi­tecte et entrepreneur de jardins, qui a réalisé les espaces exté­rieurs de la banlieue-jardin de la Butte rouge à Chatenay-Malabry, puis à partir de 1953 Théo Leveau, collaborateur de Forestier à La Havane de 1925 à 1930.

Dès 1950, la création des grands ensembles offre aux jeunes diplômés l’occasion de se confronter à une commande pour laquelle ils sont peu préparés. Critiques vis-à-vis d’un ensei­gnement centré sur les savoirs horticoles, ils seront nombreux à aller chercher ailleurs des compléments de formation, le plus souvent à l’institut d’urbanisme de Paris, parfois à l’étranger.

Après la guerre, Joffet dirige le Service des parcs, jardins et espaces verts de la Ville de Paris, issu de la fusion du Service tech­nique et du Service de la conservation, et reprend les projets éla­borés pendant la guerre. Le parc Kellermann, du paysagiste Jacques Gréber, initié dans le cadre de l’exposition de 1937 et poursuivi en 1941 dans celui des Grands Travaux, est terminé en 1950. L’ancienne zone des « fortifs » poursuit son aménagement au pied des barres de logements sociaux : c’est la « zone verte » ponctuée de quelques squares, où Audias réalise de nombreux aménagements.

Joffet mène une action de diffusion des thématiques paysa­gères, cherchant à réhabiliter auprès du grand public des préoc­cupations entachées d’une certaine suspicion après l’accent mis par Vichy sur les vertus du retour à la terre. Toujours dans la lignée de Forestier, il estime essentiel de retrouver l’adhésion du public et défend activement l’association paysagiste/architecte. En 1959, les Floralies, manifestation inaugurale du nouveau palais du CNIT à La Défense, sont citées par le général de Gaulle comme l’expression du génie français.

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Vidéo : Les paysagistes en france depuis 1945:Contextes

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