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DAUMIER, ACCUSATEUR ET REPORTER DE SON TEMPS

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DAUMIER, ACCUSATEUR ET REPORTER DE SON TEMPS

Le 4 novembre 1830 quatre mois après la proclamation de Louis-Philippe comme roi des Français, Charles Philippon fonde le journal satirique La Caricature. Honoré Daumier en est l’un des dessinateurs. Ses lithographies, où il brocarde ses contemporains avec une verve et une cruauté que tout le monde n’apprécie pas, ont un grand succès populaire ; même le roi en sourit.

Jusqu’au jour où Daumier le représente en énorme et 33. grotesque Gargantua assis sur son trône, avalant ou expul­sant sous forme de prébendes et décorations les pièces d’or apportées par le peuple affamé et révolté. Cette fois le roi ne rit plus, et Daumier ayant continué de fustiger le régime, ses courtisans, ses profiteurs, ses ministres et lui-même, l’artiste est déféré en cour d’assises, et le 31 mai 1832 envoyé en prison pour sept mois.

Le scandale n’est plus du côté du public qu’amusent ces satires féroces, mais du pouvoir. Les artistes sont des opposants dont il se méfie, qu’il censure et qu’il condamne. L’autorité ne se trompe pas de cible ; s’il est une œuvre qui montre que tout est politique ou peut le devenir, c’est bien  le de Daumier qui prolonge La Comédie humaine  dans sa dimension épique, populaire, contestataire. Si ni arme, la caricature, est dans son reflet de l’actualité, son caractère de témoin impitoyable « à chaud », un scandale permanent, celui du vrai résumé en quelques traits brefs, offensifs, sans détails inutiles.

« S’il faut opter, je suis peuple ! » déclare Daumier en oc ho à Courbet. Artiste avant tout et non démiurge, maître d’une technique, il est artisan, ouvrier, prolétaire. Face aux princes de l’esprit comme Delacroix, ou aux pontifes asservis au régime comme Ingres, il est le grand opposant qui ouvre la voie aux réfractaires futurs. C’est le nouveau scandale de I art, celui de l’idéologie substituée à l’esthétique.

Coïncidence étonnante, c’est au moment où Daumier s’en prend violemment à la société que deux agitateurs, Marx et Iingels, font paraître, en 1848, leur manifeste dont le reten- lissement sera considérable.

Ses portraits-charges des parlementaires et des notabilités du régime, modelés de mémoire dans la glaise, et coloriés, transforment en bouffons difformes aux trognes grimaçantes, monstrueuses, les représentants les plus illustres de la loi. Daumier ne se contente pas de caricaturer, il dénonce la veu­lerie, la bêtise, la cupidité, la jobardise, le vice, la suffisance, l’orgueil. L’ébauchoirqui accompagne le pouce pour écraser les boulettes de terre, allonge un nez, creuse une joue, enfonce une orbite, étire un crâne, est un scalpel…

Les portraits-charges furent exposés par Philippon dans la vitrine de son journal, et eurent un grand succès populaire.

Le crayon d’Honoré se fait accusateur dans la fameuse lithographie Rue Transnonain, le 15 avril 1834 où il dénonce le massacre par la troupe des habitants d’un immeuble pa risien d’où, lors d’une émeute, était parti un coup de feu. Jamais Daumier, ce Goya de la République des foules, n’étail allé aussi loin dans la dénonciation du régime ; l’horreur de­là répression est telle que le pouvoir renonce à le poursuivre en justice, la pierre lithographique est néanmoins détruite. Le scandale le sauve des foudres de l’autorité ; une fois de plus dans l’art il est associé à la vérité et à la liberté, il tient son rôle essentiel qui est de secouer, de réveiller, d’inquiéter, et par là même de contraindre à progresser.

L’accusateur est aussi reporter. L’Émeute, peut-être inspi­rée de la révolution de 1848, est une « chose vue » en direct, avec ses figures de colère et de haine ; elle s’apparente dans son écriture expressive, ses violents partis-pris simplificateurs et ses frémissements d’inachevé à la Famille sur les barri­cades ou à la Tête d’insurgé. « La terrible et triviale réalité » de Baudelaire est ici page d’histoire.

 

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