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De la neurobiologie au plaisir esthétique

> > De la neurobiologie au plaisir esthétique ; écrit le: 28 mai 2012 par La rédaction



Un généalogie des formes

Récemment,le développement des neurosciences (Jean-Pierre Changeux, Raison et plaisir, 1994) a permis de renouveler les interrogations portant sur cer­tains mécanismes du processus créatif. L’évolution des connaissances se fait de manière épigénétique, de cerveau à cerveau. On serait dès lors tenté de dire que l’évolution en histoire de l’art se présente en termes darwiniens. Les formes les plus adaptées aux besoins de la société survivent et se développent selon un processus de sélection et de mutation. Le cerveau met en mémoire des séquences temporelles, des enchaînements de  représentations. L’œuvre serait mémorisée en raison de son caractère de relative nouveauté.

Les sources du plaisir esthétique

Il est entendu que l’œuvre provoque une émotion, encore n’est-elle pas toujours de l’ordre du plaisir, et dans tous les cas le plaisir est insuffisant à sa justification.

La question du plaisir ou de l’agréable est liée à celle du beau. Diderot, dans l’article « Beauté » de L’Encyclopédie propose comme définition de cette notion : « puissance ou faculté d’exciter en nous la perception de rapports agréables. » Mais d’une part « agréable », on s’accorde à le penser, « ne signi­fie malheureusement rien de précis dans le langage ordinaire » (Wattelet, Dictionnaire des Beaux-arts, 1792) et d’autre part, Diderot en convient, « tout ce qui peut exciter en nous la perception de rapports est beau ». Le souci de fon­der le sentiment du beau s’assortit du refus de l’identifier à l’agréable. Le plai­sir est associé à l’arbitraire et au physique; le beau a une vocation plus élevée. Et à l’article « Esthétique » du Supplément à l’Encyclopédie on peut lire sous la plume de l’esthéticien allemand Sulzer : « Je pense que c’est dégrader les Beaux-arts que de n’y reconnaître d’autre but que celui de plaire. » L’art doit participer à l’élévation morale.

Si pour E. Kant le plaisir est « la représentation de l’accord de l’objet ou de l’action avec les conditions subjectives de la vie » (Critique de la raison pratique, 1788), s’il « semble consister dans un sentiment de stimulation de toute la vie de l’homme, et donc aussi du bien-être corporel, c’est-à-dire de la santé », le plai­sir procuré par le beau n’est en revanche qu’un « plaisir de la simple réflexion » qui « accompagne l’appréhension commune d’un objet par l’imagination en rapport avec l’entendement » moyennant un procédé de la faculté de juger (Critique de la faculté de juger, § 39, 1790). Ce plaisir — contemplatif — n’est pas nécessairement lié au désir de l’objet, il s’attache simplement à la seule représentation; le sentiment de cette sorte de plaisir, Kant le nomme le goût.


Cette « stimulation du bien-être » est également relevée par Pierre Bourdieu. « C’est, dit-il, trouver cette satisfaction supplémentaire qui consiste à s’y retrouver tout entier, s’y reconnaître, s’y trouver bien, s’y sentir chez soi, y retrouver son monde et son rapport au monde : le bien-être… » Ce que Jean- Pierre Changeux tente d’expliquer en répondant à la question : « Selon quelles dispositions cérébrales les hommes apprécient-ils l’œuvre d’art? » Il semble que le plaisir esthétique résulterait d’une entrée en résonance, d’une mobilisation concertée d’ensembles de neurones situés à plusieurs niveaux d’organisation du cerveau, du système limbique au cortex frontal : un objet mental élargi réali­serait cette harmonie de la sensualité et de la raison. Le message artistique se trouve, par ailleurs, confronté à des représentations-souvenirs élaguées de leur connotation sensorielle, mais porteuses d’une intense charge affective. À ce contact naît un phénomène de résonance d’où jaillit l’émotion esthétique.

« vaste système dans lequel chaque partie s’accorde au tout ». (Roger Vigou- roux, La Fabrique du beau, 1992).

Les neurosciences nous apprennent que la faculté mentale de classer des objets fonde l’évolution de l’art. Les images les plus marquantes de l’art sont celles qui sont les plus adaptées aux besoins de l’homme, en allégeant « le fardeau de pensées » (Nicolas Humphrey, Architectures for people, 1980). L’œuvre d’art est une représentation interne du monde, un modèle, une antici­pation, une élaboration d’hypothèses mises à l’épreuve grâce à sa fonction de simulation (Jacques Monod).

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