Les Arts de la couleur au moyen age

> > Les Arts de la couleur au moyen age ; écrit le: 26 mars 2012 par La rédaction

A notre époque, il n’y a plus guère que les vitraux des cathédrales et les manuscrits aux superbes enluminures pour nous rappeler, par leur éclat, Importance de la couleur au Moyen Age. Et même, on se réjouit de la nudité de la pierre apparente des édifices passés et de leurs sculptures. Historiquement, on a tort.

En effet, dans les églises, tout ou presque – les voûtes, les chapiteaux, les portails, les statues, etc. – était peint. L’art de la fresque était donc essentiel. Par ailleurs, des tapisseries ornaient et réchauffaient les intérieurs tant des châteaux que des cathédrales. Les manuscrits, protégés dans des bibliothèques, ont gardé toute la fraîcheur de leurs couleurs et sont certainement les documents qui, aujourd’hui, nous renseignent le mieux sur le goût de la couleur qui entretenaient les gens du Moyen Age.

Un art monumental : l’art de la fresque

« L’art de la peinture est utilisé dans les églises pour que ceux qui ne savent pas lire apprennent sur les murs ce qu’ils ne peuvent apprendre dans les livres », selon Grégoire le Grand, pape de 590 à 604. Il s’agit donc d’illustrer et de commenter les textes bibliques, mais aussi d’offrir aux fidèles un monde de couleurs et de lumière, et d’orner la maison de Dieu.Dès le commencement de l’Église, au premier siècle de notre ère, les catacombes à Rome sont décorées de peintures monumentales où apparaissent quelques scènes de la Bible ou des Évangiles. Cette tradition se poursuit au cours des siècles.

En France, à Auxerre, au IXe siècle, des fresques représentent l’histoire de saint Etienne. Mais c’est aux XIeet X11′ siècles, à l’époque romane, que la peinture murale s’épanouit pleinement, comme en témoignent les grands ensembles que nous pouvons encore apprécier aujourd’hui. Le peintre travaille alors en fonction de l’architecture. Sous la voûte, entre les arcades, au tympan des portails, il organise et ordonne ses figures selon leur emplacement. Chaque région a son style, ses thèmes favoris et ses couleurs. En Espagne, par exemple, les couleurs sont vives et brillantes; en France, dans f Ouest, elles sont  mates et les fonds sont clairs. Le plus bel ensemble de fresques se trouve dans l’église de Saint-Savin-sur-Gartempe, dont la voûte, d’un seul berceau, a été conçue pour recevoir une immense décoration peinte : l’histoire de l’Ancien Testament. La vie de saint Savin est racontée dans la crypte, et l’Apocalypse sur le porche.

A la fin du XIIIe siècle, en Italie, les papes réunissent à Assise les meilleurs artistes pour décorer les murs des basiliques. Parmi eux, le peintre Giotto se révèle un artiste exceptionnel. Il participe au grand cycle de décoration de l’église San Francesco, puis à ceux de la chapelle Scrovegni à Padoue (p. 218); là, il développe sur les murs l’histoire des Evangiles et de la vie de la Vierge. Dans les épisodes de la merveilleuse histoire de saint François, il apporte une vision nouvelle du monde : avec quelques éléments de décors, Giotto rend visible l’espace où évoluent ses personnages, et les scènes se déroulent avec une étonnante liberté. Il annonce la Renaissance.

Le vitrail

la fin du XIIe et au XIII’ siècle, les vastes ouvertures des cathédrales gothiques éliminent peu à peu la peinture murale au profit de la peinture sur verre. Dans les hautes fenêtres, les vitraux mettent en couleurs les grands cycles religieux, les histoires des Saintes Ecritures, des légendes, la vie des métiers, ou bien éclairent les médaillons et les rosaces. Les églises sont baignées de lumière sans que jamais ne soit rompue la pureté de l’architecture. Chartres, Bourges, la Sainte-Chapelle, pratiquement construite pour ses vitraux p. 61), en sont les exemples les plus célèbres. Le maître verrier commence, dans son atelier, par dessiner, grandeur nature, le modèle à réaliser; puis il découpe, à l’ aide d’une pointe rougie au feu, les morceaux de verre de couleur. Il peint alors directement sur le verre les visages, les vêtements et les motifs géométriques, etc. Les morceaux de verre sont chauffés, entre 700 et 800° C, pour que se fixe la couleur. Enfin, l’artiste assemble les différents morceaux avec des baguettes de plomb, qui sont toutes soudées les unes aux autres.

La peinture dans les livres

Au Moyen Age. L’ imprimerie n’existe pas encore et les livres sont écrits à la main (« manuscrits »), par des copistes, feuillet après feuillet, sur de la peau de mouton (le parchemin) ou sur des peaux de veau mort-né (le vélin). Destinés à quelques rares privilégiés, ils sont ornés de peintures, les enluminures, qui mettent le texte en lumière et donnent des points de repère au lecteur ; leur nom, miniatures. ne veut pas dire « petit », il vient du rouge de minium souvent utilisé pour peindre ces images. Les premières lettres du texte, du chapitre ou du paragraphe peuvent être décorées, ce sont les lettrines. Un rapport étroit unit le texte, l’image et l’illustration.

L’Irlande

Évangélisée par saint Patrick, elle est chrétienne dès le Ve siècle, et ses nombreux monastères étendent leur influence sur toute l’Europe jusqu’ au VIIIe siècle. Les ateliers des couvents adaptent aux besoins du christianisme l’art païen, avec ses motifs celtiques et germaniques, aux entrelacs plus ou moins compliqués, créant un art original et fantastique où règnent l’équilibre et la symétrie des compositions ; les lignes et les figures sont traitées comme des ornements décoratifs. Le Book [livre] of Durrow, qui date du VIIe siècle, est le   plus ancien de ces évangiles clans lequel  l’art des orfèvres est mis au service de l’ornementation, pour révéler la parole divine.

La cour de Charlemagne Les manuscrits enluminés de l’époque carolingienne (de Carolus, « Charles ») sont parmi les plus belles créations de cet art de la peinture. Suivant la volonté de Charlemagne, le scriptorium, l’atelier qui réunit les copistes et les enlumineurs, est très proche de la Cour et des milieux politiques; cependant il est souvent installé dans les grandes abbayes et dirigé par des moines. La Bible, le livre de la Parole de Dieu, est 1 ouvrage le plus souvent copié et décoré; viennent ensuite les Evangiles, les livres de psaumes, les Apocalypses.

Les artistes de « l’école du palais » vont révolutionner l’art de l’illustration. Tout d’abord, les diverses écritures mérovingiennes sont unifiées par un nouvel alphabet, en minuscules; cette écriture, plus commode, est celle que nous utilisons encore aujourd’hui. Nourris des modèles de l’Antiquité classique et chrétienne, les peintres carolingiens affirment leur originalité dans les grandes images qui illustrent les manuscrits. On assiste alors à une véritable « renaissance » de l’ enluminure, comme le montrent les Evangiles du Couronnement, au début du IXe siècle. Les évangélistes sont traités en larges taches colorées, dans des paysages où apparaît la profondeur, cherchant ainsi à représenter la réalité. Avec l’Evangile d’Ebbon, le style s’enrichit encore et se charge d’une expression intense. L’évangéliste apparaît alors comme un écrivain animé et transporté par la parole divine. L’émotion se traduit dans les mouvements des vêtements, dont les plis se croisent, s’enroulent en spirales et semblent tourbillonner.

L’époque gothique

Au XIIF siècle, la production des enluminures se déplace dans les villes, près des universités, là où professeurs et étudiants forment une clientèle nombreuse. Le roi. les princes et la Cour sont aussi très avides de livres enluminés, qui enrichissent leurs bibliothèques. Dans cette abondante production, des ouvrages profanes, comme le Roman de la Rose, ou religieux, comme le Psautier de Saint Louis (entre 1253 et 1270), atteignent à la perfection par leur réalisation technique, leur richesse et la beauté des couleurs.

À la fin du XIVe siècle se développe dans toutes les cours des princes d’Europe un art pictural raffiné, élégant et mondain, que l’on appelle le « style gothique international ». Tout sert de prétexte au déploiement de la richesse, dans des compositions rythmées par les lignes souples de l’arabesque. Les princes font appel à des artistes étrangers venus de toute l’Europe et achètent des panneaux peints, des tapisseries, des enluminures. À Paris, le duc de Berry fait venir de Flandre les trois frères de Limbourg, qui réalisent pour lui leur plus grand chef- d’œuvre, les Très Riches Heures, inachevées à la mort du duc en 1416. Les livres d’heures sont des livres de prière qui s’ouvrent sur un calendrier, décrivant la nature mois après mois.

Les tableaux et les retables

Outre les grands décors à la fresque et les enluminures, les artistes sont aussi chargés de peindre des tableaux sur des panneaux indépendants, généralement en bois, faciles à transporter. Le portrait de Jean le Bon, peint aux environs de 1350, est le premier portrait indépendant connu. Il n’est plus représenté en donateur dans de vastes compositions, mais seul, de profil, et l’inscription au-dessus de sa tête 1 identifie bien comme le roi de France.

Dans les églises, les retables – à l’origine un -impie panneau décoré et placé en retrait de l’autel – connaissent un important développement. Faits souvent de plusieurs panneaux fixes ou mobiles, ils s’appellent des polyptyques et adoptent les formes de l’architecture gothique. En Italie, en France, en Espagne, notamment, ces multiples panneaux permettent de développer des épisodes successifs de la vie de la Vierge ou des saints, des scènes de la vie du Christ ou de  l’Apocalypse.

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