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Surprise du regard mobile

Vous êtes ici : » » Surprise du regard mobile ; écrit le: 31 janvier 2014 par La rédaction

Surprise du regard mobileBernardo di Chiaravalle (lettre 106) observe que nous avons trouvé davantage dans les bois que dans les livres, parce que les arbres et les rochers nous ensei­gnent des choses comme aucun maître ne pourra le faire. C’est une pensée utile, non seulement pour l’étude de la nature, mais aussi pour l’éducation esthé­tique. L’invitation à apprendre de la nature est impli­citement une invitation à contempler afin que, une fois dévoilées les lois de ses formes, nous réussis­sions à pénétrer le miracle de sa beauté. Un miracle parfaitement vivant de choses et de transformations qui se produit devant nous de façon presque inatten­due. Toutefois, rechercher et découvrir les caractères du paysage dans son essence même requiert l’exer­cice d’un regard entraîné à percevoir et à distinguer. C’est une étude faite de dévouement et d’amour, où se mêlent mélancolie et nostalgie, comme on le voit de façon évidente chez de nombreux savants et phi­losophes, surtout au XVIIIe siècle, et en particulier chez Rousseau qui recommande justement d’observer et de contempler. Apprenons à aimer la nature, exhorte- t-il 11781], apprenons à la rechercher, à Pétudier, à la connaître, apprenons à admirer ses beautés, appre­nons à demeurer entre elle et nous. La nature couvre (I élégance ses propres formes pour ‘‘le charme des yeux et la stupeur de l’imagination” ; le botaniste en extase admire cet art divin et la “promenade est son unique fatigue”.

Le plaisir de l’observation extatique dont parle Rousseau se fonde sur la surprise d’un regard mobile, mit la qualité de la vision de près comme de loin, en tournant la tête ou en se déplaçant. Marcher mais aussi se laisser glisser en barque sur l’eau sont des instru­ments du regard enchanté.



On comprend à partir de là l’impulsion à fuir la ville, ses rythmes convulsifs, ses images agitées et confuses. La ville, comme on le lit de façon exem­plaire dans Clara de Schelling (écrit entre 1810 et 1811), repousse la nature, n’est pas en mesure de Misciter chez les hommes l’effet, la joie de la véritable émotion que savent produire en revanche la simplicité ci la richesse de la campagne. A partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle est né un désir d’exode pour poursuivre l’idéal d’une nature spontanée et non contaminée. Henry David Thoreau, évoque dans Marcber 11851, trad. fr. 1994, p. 1221 un coucher de soleil extraordinaire. Il est en train de marcher dans un « liamp près de la source d’un petit ruisseau, quand le soleil, un instant avant de se coucher, après une jour­née froide et grise, parvient à un état inhabituel de n.msparence à l’horizon et la lumière la plus douce, le plus éclatante, la plus claire se pose sur l’herbe  sechée, sur les troncs des arbres et sur les feuilles des chênes au sommet de la colline, tandis que les ombres de ceux qui marchent s’allongent sur le champ vers l’orient comme si elles étaient les seules choses étran­gères a ses rayons. Imaginer, un seul instant auparavant , une telle lumière aurait été inconcevable, écrit il nu eau, et l’air était tellement tiède et serein que tout concourait à faire de cette prairie un paradis.

Voilà justement un exemple de la façon dont, par le mouvement du regard et du corps humain, un phé­nomène peut, de façon inattendue, provoquer notre étonnement .

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