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Esthétique de l’environnement : Nature et architecture

Vous êtes ici : » » Esthétique de l’environnement : Nature et architecture ; écrit le: 30 janvier 2014 par La rédaction

Nature et architectureLa nature est souvent liée à l’image d’ensembles architectoniques. Pays, villages, bourgs appartiennent à notre répertoire de voyageurs, d’explorateurs, de guer­riers, de marchands. A partir de la lecture des divers journaux de guerre ou de voyage, on peut établir un immense catalogue d’images du monde d’où ressort un émerveillement troublant attaché aux lieux loin­tains. Un ensemble mêlé de couleurs et de choses exotiques. Que l’on pense, par exemple, à la con­quête du Mexique et au moment où les Espagnols arrivent à Tenochtitlân. A partir des souvenirs de ces expéditions, nous pouvons imaginer le cri de stupeur de ces hommes ; létonnement était tel qu’ils se pen­saient victimes d’un enchantement, comme s’ils étaient dans un récit de chevalerie. La nature donc est indi­rectement ou directement liée à l’architecture. Mais, à les voir, les formes de l’architecture s’intègrent à l’aménagement matériel du territoire ou s’en déta­chent suivant sa conformation. Lumières, surfaces et vent disposent les choses selon une liturgie où des spectateurs anonymes peuvent admirer Stonehenge, le complexe du roi Zoser à Saqqara, les pyramides d’Égypte, les temples grecs et hindous, les édifices de Sanaa, etc.

Concentrons-nous sur le XVIIIe, un siècle où nous pouvons nous situer pour regarder prospectivement vers notre sensibilité actuelle, mais aussi rétrospecti­vement pour retrouver une sensibilité que nous avons perdue. Au XVIII siècle, style néogothique, pittoresque et plaisir des ruines sont liés entre eux à travers des manières de voir. Les innovations néogothiques de Vanbrugh, Kent et Hawksmoor, consignées dans GoTbic Architecture Restored and Improved ( 1741 ) de batty Langley, participent d’une pratique esthétique, lin lisant ces instructions, nous trouvons d’intéres­sants fondements à la création esthétique du point de vue et de la veduta. Sanderson Miller a construit une imitation de château en ruine pour le parc Lyttleton à I lagley ; non loin, le poète William Shenstone a sys­tématisé les vues de Ilalesowen Abbey pour rehaus­se!- le plaisir d’une promenade autour de sa ferme .aux  Leasowes. La terrasse herbeuse à Rievaulx dans le Yorkshire a été faite pour regarder les ruines de l’abbaye tandis qu’à Studley Royal, les ruines des fontaines communiquaient au parc une atmosphère extraordinaire.



Les effets de ces divers éléments mélangés ensemble montrent clairement la relation entre architecture et nature, qui trouve par ailleurs sa confirmation dans la notion même de paysage provenant à l’origine de pagus, “village”. Le mot “paysage” illustre bien la pré­sence de l’homme, porte les signes de l’anthropisation de la terre ; cela fait bien comprendre l’importance de la veduta et donc de la représentation d’une vaste l‘tendue de territoire à laquelle on attribue une valeur esthétique. Observer le paysage fait partie de l’expé­rience esthétique parce que, à travers sa connais­sance et sa contemplation, on apprend à ressentir et a interagir avec l’environnement. La mode du revival gothique, qui envisageait des répliques de modèles architectoniques dans une nature pittoresque entre authentiques et fausses ruines, exprimait l’évolution du goût, qui allait du védutisme pittoresque a l’expé­rience véritable d’une émotion grandissante provo­quée par la nature. Derrière le masque rococo de la falsification et de la spontanéité jouée, nous décou­vrons l’effort pour donner aux promenades et aux poétiques du regard une véritable vie esthétique pen­sée de façon parallèle au monde de l’art.

On doit, par exemple, garder présent à l’esprit que, entre 1770 et 1820, les touristes amateurs de pitto­resque furent très actifs pour populariser une telle dimension esthétique de la perception du paysage. De 1798 à 1806, Rievaulx Abbey a été peinte par Th. Girtin, J. Cotman et P. Sandby Munn qui avaient adopté un point de vue plus rapproché et plus bas alors que, au contraire, Copley, Fielding et J. M. W. Turner, dans les années 1820 et 1830, ont opté pour une vue plus large. Ensuite, sur le plan du roman gothique, cette fois, le monastère en ruine, sans tenir compte des différentes questions que l’on peut lier à la poli­tique religieuse, a donné lieu à l’élaboration d’idées et d’images que l’on trouve d’abord dans l’architec­ture de jardins et de paysages.

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