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Esthétique de l’environnement : Territoire

> > Esthétique de l’environnement : Territoire ; écrit le: 30 janvier 2014 par La rédaction


Le paysage ne se réduit pas au territoire, c’est-à-dire a une extension de la surface terrestre qui reste identique à travers les transformations de son envi­ronnement. Le territoire est une expression géogra­phique, politique, sociale, alors que le paysage conserve des significations symboliques et affec­tives. La figure du paysagiste doté de compétences en botanique, en arboriculture, en sylviculture, en géologie, en architecture, etc., telle qu’elle est pen­sée par les géographes, est liée au territoire. Le pay­sagiste devra sauvegarder l’environnement et projeter ce qu’on appelle les espaces verts. Mais le paysage n’exige pas ce genre d’interventions. Le territoire implique des aspects biologiques et psychophysio­logiques ; il est aussi un phénomène de comporte­ment lié à l’organisation de l’espace. L’homme, par son activité sociale, est un animal territorial et agit selon des modèles culturels. Croyances, perceptions, symboles ont des rapports avec certaines formes visibles. La morphologie du territoire est aussi une morphologie sociale, comme le démontre la ville dans son principe organisateur.

Le paysage ne peut être représenté par le territoire, même quand il est pensé en rapport avec la vie des hommes en insistant sur son incontestable patrimoine biologique, historique et culturel qu’il faut sauver et entretenir. Nous pouvons penser, en somme, qu’il revient d’une certaine façon à l’environnement de qualifier le territoire biologiquement et culturellement. L’environnement ainsi compris à l’intérieur de cette relation abrite l’homme pour qu’il puisse vivre. Mais le paysage ne s’identifie cependant pas avec notre environnement (environnement), originaire ou trans­formé. Comme le rappelait Assunto [19761, il est au contraire une trame complexe de formes liée à la tra­dition et au mythe du jardin originaire, à la recherche du beau lieu (eutopia), au mirage de la félicité (eu- daimonia), à l’accession à un paradis de mirabilia ( merveilles).

Face à l’image de la nature, notre esprit traduit les règles en sentiments, les rapports mathématiques en émotions, pour faciliter un rêve immédiat ou à pour­suivre. Le territoire peut nous inspirer alors le thème de l’immensité. Goethe reconnaissait que trop de grandeur dans la nature cesse d’être sublime car elle dépasse notre capacité à l’affronter et menace de nous anéantir. C’est dans cette situation que se déclen­che l’angoisse de l’homme pris entre deux percep­tions opposées : l’infiniment grand et l’infiniment petit. L’égarement éprouvé face à ce qui est démesuré cor­respond à un registre affectif et spirituel qui a trouvé son point névralgique chez Pascal, dont semble issu tout ce courant de la raison et du goût : “Qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout” (Pensées, éditées par Louis Lafuma § 434, Le Seuil, “L’Intégral”, 1963).

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