Qu’est – ce que la paysage ? Philosophie du paysage

> > Qu’est – ce que la paysage ? Philosophie du paysage ; écrit le: 30 janvier 2014 par La rédaction

l’ace à la libre nature, face aux images de ses divers détails représentés à notre esprit (de l’arbre au tor­rent, du champ de tournesols aux multiples collines), lace donc à sa physionomie spirituelle correspondant .à la tonalité de notre sentiment le plus intime, nous sommes persuadés qu’il existe quelque chose qui dépasse ce vaste et très riche panorama d’éléments séparés. Ce quelque chose pour notre conscience prend la forme d’une totalité enveloppante et diffuse, tomme une fluctuation ininterrompue d’émotions et de données perceptives, une irradiation affective. Ce quelque chose est le paysage. Celui-ci est plus que la somme des parties, des fragments singuliers de notre regard dispersés suivant le temps de la sensibilité, il est plus que l’attraction des processus psychiques : il est l’âme d une concaténation infinie et magique de tonnes. Son idée se développe clans l’histoire, mais aussi dans l’individu singulier, à travers les effets du temps et de l’espace unis dans le rythme des lignes et des surfaces que l’homme sait composer comme par instinct.

Chaque époque et chaque peuple semble avoir produit culturellement son propre paysage. En Grèce antique, il y avait une unité entre l’homme et la nature en vertu d’une mentalité magique et animiste, au Moyen Age chrétien une telle unité était la projection de la transcendance chrétienne, tandis qu’à l’époque moderne, en revanche, la séparation entre l’homme et la nature a favorisé ce que nous avons justement appelé paysage à travers l’évolution du regard selon les principes de la découverte scientifique et de l’his­toire de l’art. C’est là un processus qui a connu des stades successifs ; Jacob Burckhardt a insisté avec raison sur la découverte esthétique du paysage à la Renaissance italienne ; en outre, sur le plan de la des­cription graphique du territoire, on trouvait encore, entre le XVIIIe siècle et le XIXe siècle, des planches scientifiques qui. fidèles à une impression subjective, représentaient les montagnes ou les lacs avec une certaine distorsion optique (la photographie et d’autres instruments scientifiques en ont ensuite corrigé la per­spective). Et pourtant le paysage, malgré tout, attire notre attention comme quelque chose qui est hors du temps et de toutes ces distinctions et évaluations opportunes et nécessaires, si on le considère comme lié à la nature vivante. On ne peut certes pas éviter de considérer l’énorme portée de l’histoire, de la langue et de la culture, toutefois sa physionomie en tant qu’expression de lieux et de données matérielles, de mémoires, d’émotions est représenté comme un absolu. Même un sentiment fugitif pour une beauté naturelle particulière nous apparaît toujours porté par un enthousiasme plus ou moins grand que résume l’universel en kai pan. C’est pourquoi nous sommes tentés de dire qu’Antiquité et futur suscitent ensemble ce sentiment.

En outre, nous sommes enclins à penser que l’acte spirituel fait d’unité visible et d’état d’âme, dont parle H. Rehder, existe presque spontanément en l’homme.

Le paysage est une forme spirituelle qui fonde vision et créativité ; parce que chaque regard crée un “paysage idéal” en nous. Les primitifs ou les Anciens qui nous ont précédés ont transformé notre capacité de voir et de sentir en partant d’une reconnaissance commune : la participation à la vie du monde. Il s’agit d’un processus psychique unifiant de l’expérience esthétique, quelque chose qui se donne immédiate­ment et résulte aussi bien de la vision et des sens que des sentiments: Simmel a appelé cette tonalité spi­rituelle générale la Stimmung du paysage, dans la perspective d’un dépassement de l’opposition entre physis et psyché déjà tracée par Schlegel (Berliner orlesungen, 1801-1802) lorsqu’il analyse les gradations affectives qui émergent de la perception du lointain et de la lumière. Les divers phénomènes perceptifs se rassemblent dans une unité dont le princi­pal fondement consiste en un registre variable des tonalités psychiques, qui vont du monde des émo­tions à celui de l’art, du monde de la réception à celui de l’intuition [Simmel, 1912-1913, trad. fr. 19881. Nous ious comportons le plus souvent comme un artiste, même si c’est d’une façon moins élaborée, regardant et sélectionnant à travers une attitude créatrice. Le oavsage est compris et interprété selon les premières images du monde que nous avons formées. Et dans l’esprit de l’origine, nous sommes conduits de l’es­thétique à l’artistique. “Là où réellement nous voyons ,:n paysage, et non plus un agrégat d’objets naturels, ious avons une œuvre d’art in statu nascendi La stimmung du paysage a suivi une double évolution moderne : l’idéal de l’infini dans l’intuition des roman­tiques et l’exploration scientifique d’A. von Humboldt. Pour ce dernier, le caractère d’un paysage, les crêtes des montagnes, les vapeurs de l’atmosphère, l’obscu­rité des bois, le torrent qui se précipite à travers les rochers, tout cela a une relation ancienne et secrète avec la vie confortable de l’homme.

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