La Science “Mise en Art”

> > La Science “Mise en Art” ; écrit le: 29 mai 2012 par La rédaction

J’appelle science « mise en art » la traduction fidèle, par les artistes, d’objets (volumes géométriques) ou de concepts (mouvement d’un corps) scientifiques. Cependant, selon l’originalité de l’artiste, l’œuvre peut dépasser de loin l’objet ou le concept scientifique qu’elle est censée reproduire. Au réel s’ajoute déjà du rêve, et l’artiste commence à imprimer sa propre marque, au- delà de la simple reproduction de l’outil scientifique.

Équations mathématiques et objets géométriques : de Johns à Smithson

L’objet scientifique le plus simple est sans doute le chiffre. Le grand  Save the Figure 5 in Gold {Je garde le nombre 5 en or, 1928, Metropolitan Muséum of Art, New York) de l’Américain Charles Demuth (1883-1935) fut un des premiers tableaux consacrés exclusivement à un chiffre. Jasper Johns (né en 1930) a lithographié pendant plusieurs années Les Numériques, en noir et blanc (1968) et en couleur (1969). Le 7 est peut-être une des plus originales . La version couleur se caractérise par un dégradé, de haut (violet) en bas (jaune). Mais l’originalité des deux versions réside surtout dans la présence, en filigrane, de la Joconde, qui donne à la gravure une atmosphère d’harmonie mystérieuse.

Ce tableau a-t-il un message ? Les symboles du nombre 7 sont nombreux, depuis l’univers jusqu’au pacte entre Dieu et l’homme , en passant par la virginité — ce qui pourrait expliquer la présence de la Joconde. D’autres artistes, d’ailleurs, ont utilisé le 7 de façon symbolique, par exemple Chagall (1887-1985) dans son Autoportrait aux sept doigts (1912-1913, Stedelijk Muséum, Amsterdam). Plus près de nous Antoni Tàpies (né en 1923) se sert des chiffres comme de « signes » ésotériques .

Montons d’un cran dans la difficulté. Les spirales sont des courbes partant d’une origine et faisant des « volutes » ou circonvolutions successives. La plus simple est la spirale d’Archimède, constituée par des volutes équidistantes les unes des autres. Ensuite vient la spirale « logarithmique » , où chaque volute est plus éloignée de la précédente que celle-ci ne l’était de sa voisine. On la trouve sur les coquilles d’escargot ou les cornes de mouflon .

Comment les artistes ont-ils décrit de telles spirales ? L’une d’entre elles, la Spiral Jetty (Jetée en spirale, 1970, Grand Lac Salé) de Smithson (1938- 1973) est une des œuvres les plus remarquables du Land Art . La Jetée en spirale part d’un point du lac, et la spirale s’enroule deux fois autour de ce point avant qu’un long bras ne rejoigne la côte. Ainsi, un spectateur peut se promener du bord du lac et atteindre l’origine de la spirale sur le lac. Le destin de cette œuvre n’est pas sans rappeler le destin de l’artiste, mort trois ans plus tard dans un accident d’avion. Peu de temps après sa construction, la Jetée en spirale est engloutie dans le lac. Après vingt ans, elle resurgit, recouverte d’énormes cristaux de glace — mais de façon fugace, puisque quatre mois après elle est à nouveau engloutie. On ne peut donc l’observer qu’en avion, par transparence à travers l’eau du lac.

Une autre œuvre inspirée par les spirales est Unité d’une boule et spirale infinie du sculpteur suisse Max Bill (1908-1994) . Ici on retrouve le début d’une spirale logarithmique, mais à trois dimensions. La taille des spirales et le matériau (granit) limitent l’artiste à juste une volute et demie. Malgré cela, il arrive à traduire une impression de tournoiement XJ L’artiste italien Mario Merz (né en 1925), un des tenants de l’Arte Povera, a créé plusieurs œuvres inspirées par la suite des nombres : 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 34, 55, 89… Où chaque nombre est la somme des deux précédents. Découverte vers l’an 1200 par le mathématicien Fibonacci, dont elle porte le nom, cette suite est encore reliée au… nombre d’or, puisque le rapport entre un nombre et celui qui le précède se rapproche de plus en – plus de 1,618.

Si l’artiste décide de se servir d’un ordinateur, il peut alors créer des objets mathématiques bien plus complexes que ceux décrits ci-dessus. Le lecteur est renvoyé au numéro spécial de la revue Leonardo, consacré aux « Mathématiques visuelles » et en particulier aux Comment les artistes ont-ils décrit de telles spirales ? L’une d’entre elles, la Spiral Jetty (Jetée en spirale, 1970, Grand Lac Salé) de Smithson (1938- 1973) est une des œuvres les plus remarquables du Land Art . La Jetée en spirale part d’un point du lac, et la spirale s’enroule deux fois autour de ce point avant qu’un long bras ne rejoigne la côte. Ainsi, un spectateur peut se promener du bord du lac et atteindre l’origine de la spirale sur le lac. Le destin de cette œuvre n’est pas sans rappeler le destin de l’artiste, mort trois ans plus tard dans un accident d’avion. Peu de temps après sa construction, la Jetée en spirale est engloutie dans le lac. Après vingt ans, elle resurgit, recouverte d’énormes cristaux de glace — mais de façon fugace, puisque quatre mois après elle est à nouveau engloutie. On ne peut donc l’observer qu’en avion, par transparence à travers l’eau du lac.

Une autre œuvre inspirée par les spirales est Unité d’une boule et spirale infinie  du sculpteur suisse Max Bill (1908-1994) . Ici on retrouve le début d’une spirale logarithmique, mais à trois dimensions. La taille des spirales et le matériau (granit) limitent l’artiste à juste une volute et demie. Malgré cela, il arrive à traduire une impression de tournoiement XJ L’artiste italien Mario Merz (né en 1925), un des tenants de l’Arte Povera, a créé plusieurs œuvres inspirées par la suite des nombres : 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 34, 55, 89… Où chaque nombre est la somme des deux précédents. Découverte vers l’an 1200 par le mathématicien Fibonacci, dont elle porte le nom, cette suite est encore reliée au… nombre d’or, puisque le rapport entre un nombre et celui qui le précède se rapproche de plus en – plus de 1,618.

Si l’artiste décide de se servir d’un ordinateur, il peut alors créer des objets mathématiques bien plus complexes que ceux décrits ci-dessus. Le lecteur est renvoyé au numéro spécial de la revue Leonardo, consacré aux « Mathématiques visuelles » et en particulier aux planches couleur . Pour des objets géométriques compliqués, comme des polyèdres avec un grand nombre de sommets et d’arêtes, les matériaux utilisés par l’artiste jouent un rôle déterminant dans la qualité esthétique (autre que la qualité esthétique propre de l’objet mathématique) de l’œuvre. À titre d’exemple, le Octaèdres, rhombododécaèdres et cubes tronqués et Empaquetés (1976) de Harriet Brisson (née en 1932)  tire son attrait d’une combinaison heureuse de Plexiglas, aluminium et Nylon.

Fractals et chaos : Agosti et d’autres

Les fractals sont des objets dont chaque arborescence répète, en plus petit mais à l’identique, l’arborescence dont elle est née . L’exemple le plus fameux est le flocon de neige. Supposons que vous vouliez faire un bracelet de 10  cm grâce à de petits motifs de 1 cm de longueur : il  vous en faut 10. Si la taille des motifs n’est que de 0,5 cm, il vous en faudra 20. Le nombre de motifs augmente, très simplement, comme l’inverse de leur longueur.

Supposons maintenant que vous soyez un(e) géant(e) parcourant un petit fragment de la côte déchiquetée de Bretagne à très grands pas, soit 1 km à chaque pas ! À première vue, il vous faut un seul pas pour franchir le fragment de côte sur le schéma , et la côte semble mesurer 1 km de long. C’est évidemment très approximatif ! Car, si vous réduisiez vos pas de moitié (500 m), il faudrait maintenant  trois pas — et non pas deux — pour aller du début à la fin, et la côte semblerait maintenant mesurer 1,5 km. Et si finalement vos pas ont seulement 250 m, il vous en faut 9, pour une longueur parcourue de 2,25 km. Donc le nombre de pas n’augmente plus comme l’inverse de leur taille, mais beaucoup plus vite. En poursuivant ainsi indéfiniment, le nombre de pas augmentera en fait comme l’inverse (de leur taille) élevée à une puissance plus grande . Le contour fléché le plus externe finira par former une structure fractale, chaque trapèze étant identique, en plus petit, à celui dont il est issu ; et l’on dira de cette côte quelle a une structure quasiment fractale.

Les mathématiciens ont construit des fractals bien plus complexes qu’un flocon de neige ou un fragment de côte . Pour les artistes ces structures sont une source d’émerveillement, car, comme l’a dit le chimiste Pierre Laszlo , les fractals ont « un fort contenu iconique ». Les artistes qui utilisent les fractals comme point de départ de leurs œuvres forment un mouvement qu’on dénomme parfois « L’Art fractal ». Parmi ses tenants, citons le Brésilien Carlos Ginzburg (Les fractals fractalisent, photomontage, 1990), les Français Marie- Bénédicte Hautem (La Grande Vague, 1989, photo prise en Méditerranée et où on voit les infimes détails d’un embrun) et Jean-Paul Agosti (né en 1948), dont les grands panneaux (Parc Chasseur des huit merveilles, 1989, collection privée) ne laissent plus, par leur coloration douce et l’harmonie de l’ensemble, qu’un souvenir éloigné des équations mathématiques de départ.

Un autre domaine mathématique susceptible de traduction esthétique est la théorie du chaos  pour des comptes rendus vulgarisés). Pour l’essentiel, des systèmes d’équations donnent naissance à des solutions représentables sous forme de diagrammes où beaucoup de points se retrouvent dans une seule région, appelée l’« attracteur », dont la forme est extrêmement sensible aux conditions initiales. Le phénomène fut découvert en météorologie par Edward Lorenz ; et la sensibilité est telle que, pour paraphraser ce savant, le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut modifier, plusieurs jours plus tard, le temps en Amérique du Nord. Les formes de cet attracteur donnent lieu à un graphisme multicolore puissant .

Commentaire : science « mise en art » ou art pur ?

Il existe donc aujourd’hui un énorme réservoir de figures remarquables construites par l’ordinateur. Elles sont le résultat de la résolution de nouveaux problèmes de mathématiques très complexes — ou même de problèmes plus anciens dont seules existent des solutions numériques. Parmi ces constructions mathématiques, réalisées à des fins purement scientifiques, certaines présentent un caractère esthétique indéniable et ressemblent à s’y méprendre à des œuvres d’art.

Aidé de son ordinateur, l’ artiste peut, en effet, donner aux différentes valeurs d’une propriété mathématique  (nombres) ou physique (vitesse, température) une couleur différente. Comme ces propriétés sont fortement « anisotropes » — variant rapidement avec la position des points sur le graphique— les couleurs se distribuent de façon apparemment « libre » et donnent une impression artistique semblable à celle qu’on obtiendrait avec un dripping à la Jackson Pollock, par exemple, ou le lancé au hasard sur une toile de larges aplats de peinture. Où donc la Science s’arrête-t-elle et où l’Art commence-t-il ? La question est au centre du débat sur l’Art sur ordinateur , puisque les utilisateurs mêmes de cet art, comme l’artiste Donna Cox, s’inquiètent que « malheureusement les formes d’art mathématiques et sur ordinateur restent en dehors des courants principaux des Beaux-arts aux États-Unis ».

Certains soutiennent que, même si les mathématiques lui servent d’outil de départ, l’artiste informaticien va bien au-delà de la simple reproduction d’images ou de sculptures informatisées, et produit ainsi une œuvre d’art au sens traditionnel. D’autres soutiennent que, quelle que soit la beauté de l’œuvre ainsi engendrée, l’artiste sur ordinateur reste prisonnier de sa science initiale.

Mihai Nadin, professeur à l’École d’art et de design de New York, s’est exprimé sur ce point . Les artistes qui choisissent l’ordinateur pour s’exprimer considèrent que la composante « intuitive » de leur créativité est leur choix de générateurs de nombres aléatoires , des programmes capables de générer des suites de nombres sans relation aucune entre eux, exactement semblables en cela au résultat du tirage d’une loterie. Toutefois, selon Nadin, on ne peut confondre l’art avec la notion de caractère aléatoire, celui de la distribution des nuages dans le ciel ou des flocons dans une tempête de neige. Ce genre de série aléatoire fabriquée par ordinateur mérite tout au plus, d’après lui, le nom de « loterie esthétique ». Ainsi : « … Si l’art, du moins au sens romantique du terme auquel nous sommes toujours attachés, est l’expression d’une personnalité, d’une émotion, d’une expérience, et de certaines aspirations, l’ordinateur ne sera pas nécessairement d’un grand secours pour laisser l’artiste s’exprimer avec plus de liberté. »

Cependant Nadin modère cette critique : « Pourvu que nous soyons capables d’adopter une conception renouvelée de l’Art et de l’artiste, un certain nombre d’arguments prêchent en faveur de l’émergence d’une approche qui laisse plus de champ à l’interprétation, qui est plus performante et qui touche un public plus vaste, et cette approche conduit à des produits esthétiques nouveaux aussi bien dans leur nature et leur impact que dans leurs implications sociales et culturelles. »

Vidéo : La Science “Mise en Art”

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