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les teintures et l’industrialisation de la couleur : Un goût public pour la couleur

Vous êtes ici : » » les teintures et l’industrialisation de la couleur : Un goût public pour la couleur ; écrit le: 9 mai 2012 par La rédaction modifié le 12 novembre 2014

couleurDans la Rome impériale, on a pu vérifier l’utilisation d’une couleur et sa réglementation par décret. Vers le milieu du xixe siècle, il y eut un nouveau facteur de l’usage de la couleur dans l’industrie textile: la mode. Une fois que la révolution industrielle eut fait naître une classe moyenne prospère, le processus commença à persuader la population européenne (les femmes en particulier] de la grande importance de bien choisir ses vêtements. Comme aujourd’hui, les fabricants de tissus flattèrent les consommateurs en les persuadant qu’ils étaient les maîtres, et non pas les victimes, de la mode changeante. Le teinturier écossais John Pullar s’emballa avec le chimiste de la couleur William Perkin, en 1857, sur le projet de gagner « cette classe de la Communauté ayant tout pouvoir: les femmes » à la nouvelle teinture de Perkin. « Si elles en prennent la manie et que vous puissiez répondre à leur demande, affirmait le jeune homme, votre gloire et votre fortune sont assurées ».
Ce n’était pas une exagération. L’industrie textile — et spécialement la fabrication du coton — fut le secteur le plus significatif de la révolution industrielle. Il fut largement responsable de la suprématie industrielle britannique jusqu’en 1850, et son activité joua un rôle central dans le déclin économique ultérieur de ces régions. Basée dans les villes du Nord comme Manchester et Glasgow, l’industrie textile britannique dépendait de la production de vêtements de coton et de calicot imprimé bon marché. Les progrès de la filature ont souvent été désignés comme un facteur majeur de l’industrialisation, mais le calicot imprimé pourrait en fait avoir été le secteur dominant de l’industrie du coton. Les produits en laine et en soie atteignirent un marché plus raffiné (donc beaucoup plus lucratif]; la supériorité industrielle de Lyon reposait sur la soie. Mulhouse et Rouen étaient les autres principaux centres français du textile. Mais c’est à Paris, bien entendu, que les nouvelles teintures triomphaient ou s’effondraient sous le regard impitoyable des maîtres de la mode. Durant la première moitié du siècle, les Britanniques et les Français possédaient les plus puissantes industries textiles d’Europe; l’Allemagne, la Suisse et la Hollande venaient derrière.

La teinturerie était une activité solidement établie, régulée par une corporation depuis la fin du Moyen Âge. Mais son cours se divisa au  XVIIe siècle. L’application de modèles colorés aux textiles qui, à l’époque, étaient à la page, posa un défi considérable aux teinturiers qui ne pouvaient pas simplement tremper entièrement l’étoffe dans la teinture. La guède et l’indigo furent imprimés sur des textiles au moyen de « réserves » — pâtes et cires — qui masquaient les surfaces blanches et furent supprimées dans un second temps. Cette sorte d’« imprimé bleu » semble avoir été pratiqué en Europe vers les années 1620. L’autre solution était l’impression à la planche, qui fut employée en Espagne et en Italie depuis au moins le XIIIe siècle. Vers 1500, les imprimeurs de livres commencèrent à se servir de plaques de cuivre gravées à la place du bois, et les imprimeurs de tissus les suivirent rapidement. Comme l’impression du textile à la planche était réalisée avec des peintures à l’huile et des encres plutôt qu’avec des teintures, et comme les imprimés étaient souvent finis au pinceau, la pratique fut habituellement considérée comme une branche de la peinture et du commerce de l’imprimerie plutôt que de celle des teinturiers.



Cette division se renforça quand de nouvelles méthodes d’impression de textiles furent introduites des Indes en Europe, dans les années 1670. Les Indiens avaient développé des procédés pour faire des motifs de couleurs résistant au lavage ou à la décoloration au soleil. Cela entrainait  l’usage de mordants: des fixatifs permettant aux teintures d’adhérer aux fils du tissu et de résister au lavage. Le mordant constitue un lien entre les composants des fils du tissu et ceux de la teinture. Les premiers teinturiers trouvèrent le bon mordant à force de tâtonnements et d’erreurs; il n’y avait pas de raison évidente à ce que l’un fonctionne et pas un autre. De nombreux mordants étaient des sels contenant du métal, mais certaines substances organiques comme l’albumine [un extrait du sang) ou la caséine du lait étaient efficaces.

L’importance des mordants fut reconnue en Europe avant l’introduction des méthodes d’impression indiennes; mais les teinturiers indiens perfectionnèrent les techniques pour combiner le mordançage et les motifs multicolores. Les textiles imprimés importés des Indes, appelés chintz en Angleterre, d’après leur nom hindi chint, étaient habituellement teints avec du rouge garance. Lorsque les teinturiers européens commencèrent à  employer les techniques indiennes, une séparation se produisit entre les « imprimeurs de bleu » qui travaillaient avec l’indigo, et les fabricants de chintz qui travaillaient avec la garance. Les imprimeurs de bleus se trouvaient quelquefois dans une relation difficile avec les corporations de teinturiers, qui considéraient qu’ils étaient autorisés à appliquer seulement l’indigo aux tissus. Les fabricants de chintz rouge, alliés aux imprimeurs d’encres et de peintures à l’huile eurent moins de réclamations à subir de ce côté.

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