L’espace de la communauté,centre de la réflexion des CIAM d’après-guerre ?

> > L’espace de la communauté,centre de la réflexion des CIAM d’après-guerre ? ; écrit le: 25 février 2013 par La rédaction

Le recours à l’histoire (recherche de références historiques, en par­ticulier celles de la ville médiévale pour qualifier les espaces com­muns), la réintroduction de la monumentalité (Sert, Giedion, Kahn, 1943), la réflexion sur l’essence du «cœur» de la ville {Core ofthe City), constituent les « nouveaux » thèmes des travaux des CIAM amorcés avant même la fin de la guerre. Les ouvrages Can our Cities Survive (1944) et The Heart ofthe City (1952)nous fournissent à cet égard les indices d’une double inflexion : un glissement terminologique et, parallèlement, un intérêt crois­sant pour ces espaces communs. Absent de la Charte d’Athènes où les relations de la sphère publique et de la sphère privée étaient exprimées par le couple d’opposition individuel-collectif, le terme « espace public » n’apparaît pas non plus dans les textes des CIAM d’après-guerre. Ceux-ci usent d’une terminologie révélatrice d’une réflexion sur les représentations sociales de ces centres et sur leurs caractéristiques plastiques ; la définition du core est en outre illustrée de méta­phores organicistes et biologiques 20. À travers la question du core of the city apparaîtrait la nécessité de donner forme à la commu­nauté. Sa définition se construit sur trois niveaux : lieu des « rela­tions humaines», entité qui reste indéfinie; forum culturel, il est le lieu où sont regroupés les institutions publiques et les monuments représentatifs de la communauté. Par analogie avec lagora grecque, il aspire enfin à incarner le lieu de la représentation politique. Or « ce rêve de retour de l’agora grecque était lié à une représentation idéale de la démocratie, qui impliquait un concept de sphère publique citoyenne (Offentlichkeit) dont personne ne considérait cependant la réalité (ce n’est qu’en 1962 que parut sur ce sujet la recherche de Habermas) » .

Si ces thèmes ne sont qu’esquissés par les CIAM de l’immé­diat après-guerre, moins d’une décennie plus tard, les membres du Team Ten élaboreront leurs propositions sur le retour à des valeurs « humanistes », mettant en avant les notions de commu­nauté, de voisinage, de mobilité, proposant de nouvelles struc­tures pour le quartier, fondées sur un modèle systémique : ainsi, pour les Smithson, la Cluster City constitue la représentation urbaine d’un ensemble de communautés réparties dans des centres multiples22. Or si le Team Ten s’insurge contre la ville fonction­nelle dans sa définition la plus doctrinaire représentée par les CIAM, il s’insurge également contre les expériences empiristes et « néoromantiques » des new towns britanniques et suédoises. La « jeune » génération critique, outre un langage architectural qu’elle juge « régressif », la façon dont sont appliquées dans les new towns anglaises les notions fondatrices de ce type de réalisa­tions — unité de voisinage et échelle communautaire du quartier — ; elles seraient devenues normatives et quantitatives, ne détermineraient plus de qualités spatiales et n’offriraient aux habitants qu’un cadre vide de toute relation sociale fondée sur les qualités de l’espace urbain.

Or, élaborée dans les années vingt par les sociologues de l’école de Chicago, la notion de « voisinage » superposait des contenus sociaux et spatiaux24. Se référant d’abord à la communauté comme groupe primaire (famille, communauté villageoise, ville médié­vale) incompatible avec la vie dans les métropoles (Cooley, 1909), elle évolue ensuite vers une conception moins restrictive (Burgess et Park) intégrant les relations secondaires liées aux comporte­ments citadins25. Entre 1923 et 1929, aux Etats-Unis, la notion de voisinage est codifiée en un instrument de planification urbaine par Clarence A. Perry. La neighborhood unit de Perry fixe le nombre d’habitants ainsi que la taille du quartier, déterminée par l’éloi- gnement maximal par rapport au centre communautaire (le plus souvent l’école) qui en marque le cœur. Elle instaure une sépa­ration et une hiérarchie entre voies automobiles et piétonnes ; elle préconise, enfin, la présence du « vert » indispensable à son « unité visuelle ». Appliquée à Radburn (New York, 1928- 19 3 3 26), l’unité de voisinage, d’instrument de planification tend à devenir un modèle urbain, reproductible et identifiable. Cette transposition de la notion, sa codification en une série de critères quantifiables, s’accompagne d’une perte des contenus sociaux du voisinage tels qu’ils étaient formulés par l’école de Chicago ; la définition de Perry ne retient que la plus stricte, où le voisinage est envisagé dans une conception communautaire, dont la famille constitue la cellule fondatrice.

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