Les mouvement dans la peinture : Mec Art
Le Mec Art, abréviation de l’anglais Mechanical Art (« art mécanique »), désigne une tendance de la peinture européenne apparue au début des années 1960, qui consiste à transférer une image photographique sur une toile sensibilisée ou par sérigraphie. Plutôt que de peindre à la main, l’artiste s’empare d’une image existante, la reproduit par un procédé mécanique et en fait le sujet même de l’œuvre. Le mouvement a été défendu en France par le critique Pierre Restany.
Naissance du mouvement
Le Mec Art s’affirme publiquement en 1965 avec l’exposition « Hommage à Nicéphore Niépce », présentée à la galerie J à Paris. Le titre rend hommage à l’inventeur de la photographie : il annonce d’emblée que l’image photographique, et non plus le geste du peintre, est au cœur de la démarche.
Le courant naît dans un contexte où la société de consommation, la presse illustrée et la publicité multiplient les images. Les artistes européens partagent alors avec le pop art américain le goût des images de masse, mais ils s’intéressent davantage au procédé de reproduction lui-même : la trame, le grain, le flou, les décalages de couleurs.
La technique
Le procédé de base consiste à reporter une photographie sur une toile enduite d’une émulsion photosensible, ou à l’imprimer par sérigraphie sur une toile ou un autre support. L’image peut être agrandie, recadrée, répétée, superposée à d’autres trames. Au début des années 1960, Andy Warhol et Robert Rauschenberg ont eux aussi recours à la sérigraphie photographique ; le Mec Art en est le pendant européen, avec une attention plus marquée à la décomposition de l’image.
- la trame d’imprimerie, grossie, devient visible et structure le tableau ;
- la superposition de trames produit des effets de moiré ;
- l’agrandissement brouille les contours et rend les figures parfois méconnaissables.
Les artistes
Alain Jacquet (1939-2008) est la figure la plus connue du Mec Art. Il travaille sur la structure même de l’image imprimée, dont il exagère la trame pour faire apparaître le mécanisme de la reproduction. L’Italien Mimmo Rotella, également associé au Nouveau Réalisme, pratique des reports photographiques sur toile. On cite aussi parmi les artistes rattachés au mouvement l’Italien Gianni Bertini, le Grec Nikos Kessanlis et Yehuda Neiman. Le Mec Art n’a jamais été une école fermée : ses membres ont mené des parcours très différents avant et après cette période.
Une œuvre emblématique
L’œuvre la plus célèbre du mouvement est le Déjeuner sur l’herbe d’Alain Jacquet, réalisé en 1964. Jacquet reprend la composition du tableau d’Édouard Manet, mais la fait poser par des personnes de son entourage, photographie la scène puis la reproduit par sérigraphie en grand format. Le chef-d’œuvre de la peinture du XIXᵉ siècle devient ainsi une image imprimée, répétable, dont la trame est visible à l’œil nu.
Cette œuvre résume l’ambition du Mec Art : interroger la place de la peinture dans un monde saturé d’images reproduites, et montrer que la reproduction mécanique peut devenir un langage artistique à part entière.
Héritage
Bref dans sa forme collective, le Mec Art a contribué à faire entrer durablement la photographie et l’impression dans la peinture. Les questions qu’il posait, sur l’original et la copie ou sur l’image de masse, ont été reprises par de nombreux artistes des décennies suivantes.



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