Merleau-Ponty : L’art comme accès à I’il y a

> > Merleau-Ponty : L’art comme accès à I’il y a ; écrit le: 29 mai 2012 par La rédaction

La phénoménologie à sa source

La réflexion de Merleau-Ponty sur l’art ne doit pas être dissociée de sa philosophie tout entière. Cette philosophie est d’inspiration phénoménologique et doit beaucoup à Edmund Husserl (1859-1938). «Aux choses mêmes! », telle est la devise de la phénoménologie, mais aussi son injonction: il faut retourner au réel, aux phénomènes, aux choses telles quelles se manifestent. En phénoménologie, les phénomènes ne sont en rien illusoires : ils constituent le mode d’être de l’apparition d’un objet à la conscience d’un sujet. Cette manifestation phénoménale est la seule chose qui soit sûre, le reste doit être mis entre parenthèses.

Pour connaître, la conscience agit : elle tend vers l’objet à connaître, elle est toujours visée de quelque chose d’autre qu’elle-même. Ainsi, ce qui caractérise la conscience est l’ouverture à l’autre en son sein même : elle est dans une interrelation permanente entre sujet-objet.

Telle est la leçon de Husserl que Merleau-Ponty retient. Dans Phénoménologie de la perception (1945), il interroge l’univers de la perception et montre comment celle-ci est un processus actif par lequel la conscience s’ouvre au monde. Le philosophe s’interroge sur notre incarnation dans le monde, comment le sujet percevant intervient physiquement dans le monde en contribuant à structurer l’objet perçu. Si l’objectif de la philosophie doit être de nous rapprocher au plus près du cœur des choses, nous faire pénétrer dans l’intimité de l’Etre, pour ce faire, il faut opérer un retour au « il y a », devenu invisible à travers le visible.

«Que je dis que tout visible est invisible, il faut comprendre que c’est la visibilité même qui comporte une non-visibilité. »

Cette non-visibilité peut cependant être sentie. Merleau-Ponty décèle dans l’art, et « notamment la peinture » qui « puise » à une « nappe de sens brut », un moyen d’y accéder.

« Cette philosophie qui est à faire, c’est elle qui anime le peintre, non pas quand il exprime des opinions sur le monde, mais à l’instant où sa vision se fait geste, quand, dira Cézanne, il “pense en peinture . »

L’art contre la science

C’est dans un ultime texte, L’Œil et l’Esprit (1961) que le philosophe va donner la formulation la plus aboutie de sa réflexion sur l’art. Il y fait s’affronter la science contemporaine et l’art :

«La science manipule les choses et renonce à les habiter. »

Ainsi s’ouvre l’ouvrage, dans une dénonciation de l’approche scientifique contemporaine qu’il faut désavouer parce quelle réduit le monde à un « objet en général », comme s’il « ne nous était rien » qu’un simple moyen pour nos artifices. Reconstruit par la science, devenu objet, le monde tel qu’il est en vérité nous est devenu étranger, invisible, nous en avons perdu la « chair », son essence même. L’attitude désinvolte de la science, qui transforme toute réflexion en technique, nous fait ainsi passer à côté du sens. Du fait de cette « artificialisme absolu», notre corps lui-même est susceptible de n’être plus qu’une « machine à information ». Devant ce «cauchemar», dont Heidegger parle en des termes voisins lorsqu’il se penche sur la question contemporaine de la technique, il convient de dénoncer ce processus qui tend à substituer un Etre artificiel, clair et distinct, à l’Etre originaire, jamais évident et toujours mystérieux, obscur. C’est que la science n’habite pas le monde, elle a renoncé à s’en étonner et à s’en approcher au plus près.

La science nous fait manquer le sens à force de viser uniquement l’efficacité, et c’est vers lui qu’il faut nous retourner de nouveau. C’est justement la démarche remarquable de l’art : il se moque bien de l’efficacité, il est avant tout une quête de la réalité vraie, libre de toute contrainte, dans une « urgence » qui dépasse toutes celles de la science contemporaine :

« [le peintre] est là, fort ou faible dans la vie, mais souverain, sans conteste dans sa rumination du monde, sans autre “ technique ” que celle des yeux et ses mains se donnent à force de voir, à force de peindre, acharné à tirer de ce monde où sonnent les scandales et les gloires de l’histoire des toiles qui n’ajouteront guère aux colères ni aux espoirs des hommes, et personne ne murmure. »

Le peintre nous rapproche ainsi du réel, et telle est l’urgence authentique et qui consiste à rééduquer notre vision.

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