Xylographie polychrome
La xylographie polychrome est l’impression en plusieurs couleurs au moyen de blocs de bois gravés en relief, généralement un bloc par couleur. Le mot vient du grec xylon, « bois », et graphein, « écrire, graver ». La technique sert depuis des siècles à décorer les tissus, notamment en Inde, et à imprimer des images sur papier, en Chine, au Japon et en Europe.
Le principe : un bloc par couleur
L’artisan dessine le motif, puis le décompose en autant de parties qu’il y a de couleurs. Chaque partie est gravée sur un bloc de bois : les zones à imprimer restent en relief, le reste est creusé. On encre ou on teint le premier bloc, on l’applique sur le support, puis on passe au bloc suivant. Plus les couleurs sont nombreuses, plus la gravure et l’impression demandent de temps et de soin, ce qui explique le prix élevé des pièces les plus riches.
La difficulté principale est le repérage : chaque couleur doit tomber exactement à sa place. Sur les tissus, les blocs portent des repères, encoches ou pointes aux angles, qui guident l’imprimeur. Au Japon, les graveurs d’estampes taillaient sur chaque planche une encoche d’angle et un repère latéral, le kentō, pour caler la feuille à l’identique à chaque passage.
Les tissus imprimés de l’Inde
L’Inde est le foyer le plus célèbre de l’impression textile au bloc. Ses artisans maîtrisent l’usage des mordants, des sels métalliques qui fixent les teintures végétales comme la garance, et des réserves qui protègent certaines zones de la teinture. Des fouilles menées à Fostat, l’ancienne ville du Caire, ont livré de nombreux fragments de cotonnades imprimées venues du Gujarat, preuve d’un commerce ancien vers l’Égypte et le monde méditerranéen.
Le Gujarat et le Rajasthan restent aujourd’hui des centres actifs de cette production, pour le marché indien comme pour l’exportation. L’Iran et l’Asie centrale possèdent également une tradition d’impression au bloc.
Les « indiennes » en Europe
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les compagnies des Indes importent massivement ces tissus colorés, appelés « indiennes ». Leur succès inquiète les fabricants de laine et de soie : en France, leur importation et leur fabrication sont interdites de 1686 à 1759. Après la levée de l’interdiction, des manufactures se créent, comme celle d’Oberkampf à Jouy-en-Josas, d’où vient la toile de Jouy. La mécanisation de l’impression, puis la concurrence des fabriques britanniques, finissent par affaiblir l’exportation indienne de tissus imprimés à la main.
L’estampe en couleurs sur papier
Sur papier, la xylographie polychrome a donné quelques-unes des images les plus célèbres de l’histoire de l’art :
- en Chine, des recueils de peintures imprimés en couleurs au XVIIe siècle, dont le Manuel de peinture du Studio des Dix Bambous ;
- au Japon, les estampes « brocart » (nishiki-e), mises au point vers 1765 autour de Suzuki Harunobu, puis illustrées par Hokusai et Hiroshige ;
- en Europe, la gravure en camaïeu, ou en clair-obscur, pratiquée au XVIe siècle avec deux ou trois planches de tons différents.
Qu’il s’agisse d’un coton du Gujarat ou d’une estampe d’Edo, le geste reste le même : graver, encrer, repérer, imprimer, couleur après couleur.




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