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Le travail des surfaces

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Le travail des surfaces

Toute forme naît par la lumière et vibre par son ombre. Un plan sans aspérités reçoit une lumière unie, chaque déformation de ce plan projette une ombre modulée: l’artiste suscite une ombre dure ou douce selon qu’il taille un angle vif ou modèle un volume sans limites nettes. C’est sur ce principe que se base la sculpture murale des Egyptiens. Une taille abrupte accentue et dramatise le graphisme alors qu’un plan amorti suggère plus de douceur. Le soleil tournant fait que, à chaque moment de la journée, la lecture est différente; toute œuvre est donc influencée par la lumière de l’atelier et par la position dans laquelle elle est conçue; la lumière fixe du nord demeure une référence alors que celle du zénith est trompeuse.

Une pièce, regardée sous différents angles, change totalement d’expression. Cette règle est bien connue des photographes, qui en tirent un parti créatif lorsqu’il s’agit de mettre en valeur un aspect particulier. Le travail des ombres est un extraordinaire champ d’investigation pour le céramiste, dont la matière, qui sait être rugueuse, accroche bien la lumière en s’opposant aux surfaces lisses.

Poinçon, impression

Jean-pierre viot, sculpture montée à la plaque, assemblage par collage

Jean-pierre viot, sculpture montée à la plaque, assemblage par collage

L’estampage d’empreintes est appliqué depuis les temps les plus reculés; ce sont les patines plus que l’émail qui mettent en valeur ces infimes variations de la surface. La couleur, sans épaisseur, est appliquée au pin­ceau ou au vaporisateur, puis ressuyée sur les reliefs. Toutes les matières naturelles, telles que bois usés, écorces, paille, lit de sable, donnent, en négatif, une nouvelle image de leur structure. Les matières façonnées, de la dentelle à la tôle perfo­rée, de la toile au grillage, apportent leur aspect répéti­tif. La gravure d’une plaque de plâtre ou même d’un ancien moule déstructure la surface initiale.

Sgraffites, scarifications, griffures

Ces noms désignent les manières de traiter la pâte crue à l’aide d’une pointe ou d’une lame : sillons gra­phiques et scarifications tailladant la pâte. Le jeu de l’outil est différent selon l’état de la terre :

  • verte : le trait est vif et pénètre dans la terre en retroussant ses lèvres ;
  • sèche : l’attaque exige plus de force et de concen­tration, et le trait, plus net, s’en ressent.

Cette incision à la pointe, le célèbre « sgraffite véni­tien » de la Renaissance italienne ou la gravure alerte de la poterie populaire, sur terre crue ou raffermie, retrouve aujourd’hui des adeptes, attachés à la traduire dans la modernité.

Reliefs d’applique

Le collage à la barbotine de reliefs ou de modelage de pâte molle, utilisé avec intelligence depuis la céramique antique, apporte une animation de surface rythmée par les effets répétitifs que facilite l’usage de moules.

Usure

Le sablage à l’air comprimé, sur terre sèche ou sur biscuit, est une manière originale d’animer les surfaces en créant des ombres subtiles sur les pièces. Ces derniè­res sont creusées à l’aide de corindon (sable dur) projeté sous forte pression. L’usage d’un pochoir donne des répétitions ou des motifs précis.

Inclusion

La terre est vivante; son retrait, tant au séchage qu’à la cuisson, en témoigne. Aussi l’inclusion de corps étrangers ouvre-t-elle de vastes possibilités de recherches autres terres, roches, tessons de céramique, métaux ou verres fondus s’unissent, se rejettent, s’harmonisent ou contrastent au gré de réactions tumultueu­ses et incontrôlables.

L’art naît du sentiment que l’artiste porte à la terre; sa sensibilité le conduit à provoquer des aventures impossibles. La complexité de ces opérations n’est pas du ressort de la technolo­gie, mais de l’art.

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