Les mouvements dans la peinture : Peinture métaphysique
La peinture métaphysique (pittura metafisica) est un courant de la peinture italienne né dans les années 1910 autour de Giorgio De Chirico, et constitué en groupe à Ferrare en 1917 avec Carlo Carrà. Ses tableaux montrent des places désertes, des architectures figées, des mannequins et des objets ordinaires plongés dans une atmosphère d’énigme, comme si la réalité cachait un sens invisible.
Contexte
De Chirico peint ses premières œuvres « métaphysiques » dès le début des années 1910, à Florence puis à Paris, nourri par la philosophie de Nietzsche et par la peinture symboliste d’Arnold Böcklin. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il est affecté à Ferrare avec son frère, Alberto Savinio. En 1917, il y rencontre Carlo Carrà, lui aussi soldat, dans un hôpital militaire. Ensemble, ils donnent au mouvement sa forme ; Filippo de Pisis et Giorgio Morandi s’en rapprochent.
Le courant est bref : ses principaux artistes s’en éloignent au début des années 1920. La revue romaine Valori Plastici, publiée de 1918 à 1922, diffuse leurs idées et accompagne le « retour à l’ordre » de l’après-guerre.
Caractéristiques
- des places et des arcades vides, baignées d’une lumière crue et traversées d’ombres longues ;
- des perspectives rigoureuses mais contradictoires, qui créent un espace inquiétant ;
- des mannequins sans visage, des statues antiques, des objets sortis de leur contexte (gants, cartes, équerres) ;
- des formes nettement cernées, des volumes denses et des couleurs posées en aplats ;
- une atmosphère de silence et d’attente qui invite à la méditation.
La rigueur de la composition rappelle les maîtres italiens du Quattrocento, tandis que l’étrangeté des rapprochements annonce le surréalisme.
Les artistes
- Giorgio De Chirico (1888-1978), fondateur du courant, peintre des places italiennes désertes et des mannequins.
- Carlo Carrà (1881-1966), venu du futurisme, adopte en 1917 une figuration simplifiée et publie en 1919 un livre intitulé Pittura metafisica.
- Giorgio Morandi (1890-1964) traverse une courte période métaphysique avant de se consacrer à ses natures mortes de bouteilles et d’objets, peintes dans des tons sourds.
- Alberto Savinio (pseudonyme d’Andrea De Chirico, 1891-1952), frère de Giorgio, musicien, écrivain et peintre, contribue à la réflexion théorique du mouvement.
Œuvres et postérité
Parmi les œuvres emblématiques figurent Les Muses inquiétantes de De Chirico, peintes à Ferrare, où l’on reconnaît le château d’Este à l’arrière-plan, et La Muse métaphysique de Carrà (1917). Les surréalistes, André Breton en tête, ont vu en De Chirico un précurseur, et René Magritte a raconté avoir été bouleversé par la reproduction de son tableau Le Chant d’amour. Par son goût du mystère au cœur du quotidien, la peinture métaphysique a durablement marqué l’art du XXe siècle.
Après la période de Ferrare, De Chirico revient à une peinture d’inspiration classique. Ses toiles métaphysiques, très recherchées, ont ensuite été reprises, imitées et parfois antidatées, y compris par l’artiste lui-même, ce qui complique encore aujourd’hui la datation de certaines œuvres.


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