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Burke : La beauté imparfaite

Vous êtes ici : » » Burke : La beauté imparfaite ; écrit le: 28 mai 2012 par La rédaction modifié le 26 octobre 2018

Burke : La beauté imparfaite

L’erreur sur la proportion

L’idée selon laquelle l’harmonie des proportions définirait la beauté est au cœur de la critique de Burke. On a tort de croire, affirme-t-il, que la beauté réside dans la proportion des parties. Juger de la proportion est affaire d’entendement tandis que la beauté n’est pas établie par le raisonnement. Au contraire de l’idée de proportion, celle de beauté«Ne relève assurément pas de la mesure et n’a que faire du calcul et de la géométrie. »



Ni dans les végétaux ni dans les animaux, ni en l’homme, la beauté n’est affaire de proportion. Les fleurs en quoi on s’accorde à reconnaître des beautés naturelles sont souvent disproportionnées :

« Comment la tendre tige d’une rose s’accorde-t-elle avec la tête volumineuse sous laquelle elle plie ? »

Il en va de même avec les animaux :

« Le cygne dont on reconnaît la beauté possède un cou plus long que le reste du corps, et une queue très courte. Est-ce là une belle proportion ? »

De l’impossibilité du canon

Burke estime plus absurde encore l’idée de rapporter à la proportion la beauté du corps humain. Il remarque que les partisans de cette idée n’ont jamais réussi à s’accorder sur un canon. Il affirme que les femmes sont plus belles que les hommes et que cet avantage ne saurait être attribué à une plus grande exactitude de proportion. Burke s’en prend aussi à Vitruve, sans toutefois le nommer. Croire que les proportions de l’architecture ont été établies d’après celles du corps humain est, à ses yeux, une idée absurde :

« Certainement rien au monde ne serait plus extravagant pour un architecte que de prendre pour modèle de son édifice la figure humaine, puisque deux choses peuvent difficilement avoir moins de ressemblance ou d’analogie qu’un homme et une maison ou un temple. »

Il critique également les jardins à la française qui témoignent de l’étrange obsession de géométriser la nature : les hommes ayant observé «que leurs habitations étaient plus commodes et solides, quand elles étaient d’une forme régulière et quand leurs parties se correspondaient les unes aux autres, ils transportèrent ces idées dans leurs jardins ; ils transformèrent leurs arbres en colonnes, en pyramides et en obélisques. Ils firent de leurs haies autant de murs de verdure et disposèrent leurs allées avec exactitude et symétrie en carrés, en triangles et en d’autres figures géométriques; dans la pensée que, s’ils n’imitaient pas la nature, ils la perfectionnaient et lui enseignaient ce quelle avait à faire. Mais la nature s’est enfin échappée des entraves auxquelles ils l’assujettissaient : nos jardins, à tout le moins, protestent que nous commençons à sentir que les idées mathématiques ne sont pas les véritables mesures de la beauté »

Si la proportion mathématique peut bien être le canon de l’architecture (mais pas de toute), elle ne saurait valoir comme critère absolu.

La beauté n’est pas la convenance

Dans le même ordre d’idée, Burke critique le fait que la beauté soit affaire de convenance. L’idée que nous nous faisons ordinairement de la proportion est celle d’une appropriation des moyens à des fins déterminées et c’est pourquoi nous croyons, affirme Burke, que la parfaite adaptation d’un élément à sa fin, est la cause de la beauté, ou, par le fait, la beauté même. Mais s’il en était ainsi, ironise-t-il,

« Le groin du porc, de forme conique, et armé à son extrémité d’un dur cartilage, ses petits yeux enfoncés, bref toute la forme de son museau, si propre aux offices de fouir et déraciner, serait fort beau. »

La beauté n’est pas la perfection non plus

Si la beauté n’est pas affaire de convenance, elle n’est pas non plus affaire de perfection : Burke, une fois de plus, n’en veut pour preuve que la beauté des femmes qui :

« emporte presque toujours avec elle une idée de faiblesse et d’imperfection. Les femmes le savent bien ; c’est pourquoi elles apprennent à bégayer, à chanceler en marchant, à feindre la faiblesse et même la maladie. C’est la nature qui les guide alors. La beauté souffrante (in distress) est la plus touchante des beautés. »

Remarquons que ces propos n’expriment aucun air du temps mais anticipent de quelques décennies la vogue romantique du type de la beauté maladive.

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