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La main-d’œuvre

> > La main-d’œuvre ; écrit le: 22 mars 2012 par La rédaction modifié le 5 février 2019


L’industrie de l’habillement est une industrie de main-d’œuvre qui se caractéristique par la flexibilité et le coût. Si, en Europe, les femmes et les immigrés constituent la principale main- d’œuvre, certaines entreprises délocalisées n’hésitent pas à employer les enfants.

Une forte présence de femmes et d’immigrés

□   Les femmes sont, dès le XIXe siècle, largement présentes dans la confection. En quelques décennies, elles passent d une activité domestique à une activité écono­mique ; elles représentent aujourd’hui les trois quarts de la population travaillant dans la confection, en région parisienne comme en province.

□   Les immigrés forment la seconde population de ce secteur. Les juifs d’Europe de l’Est, installés dès le xixe siècle, ont été rejoints par d’autres vagues migratoires au xxe (Arméniens, juifs de l’empire ottoman, juifs d’Afrique du Nord, Yougoslaves, Italiens, Turcs, Pakistanais, ressortissants d’Asie du Sud-Est). Ces populations, qui ont dynamisé le secteur, forment une mosaïque pluri-ethnique qui renvoie l’image d’une industrie archaïque propice au trafic de main-d’œuvre.

La hiérarchisation des tâches

□   Le processus de fabrication d’un vêtement suit toujours la même logique : le tra­çage, le matelassage, la coupe, la distribution des paquets ou « bûches », l’assem­blage, le repassage, le contrôle et le conditionnement. À chacun de ces postes cor- respont une hiérarchisation des tâches.


□   Les ouvrières de montage ou mécaniciennes sont chargées de l’assemblage du vêtement. En haut de la hiérarchie, l’ouvrière qualifiée monte un vêtement en entier sans utiliser de guides ni d’attaches. Certaines tâches requièrent des com­pétences particulières (montage du col ou des manches), d’autres ne nécessitent aucun savoir spécifique (surfilage, montage des doublures) et sont exécutées par des ouvrières débutantes ou non qualifiées.

D Les techniciennes et agents de maîtrise (TAM), représentées par les contremaî­tresses, sont chargées de résoudre les problèmes de production. Elles sont l’inter­médiaire entre le responsable de production et l’ouvrière.

La revalorisation des métiers

□   L’industrie de la transformation des étoffes est en pleine mutation. Certaines fonctions (plaçage, matelassage et coupe) sont appelées à disparaître pour être remplacées par des logiciels informatiques et des découpes laser. Le savoir-faire va laisser la place à des fonctions de contrôle et de manipulation.

D Contrairement aux postes en marge de la production, il n’y a pas eu de progrès pour les postes d’assemblage. Les machines automatiques ont simplifié le travail des ouvrières, mais sans les remplacer. Le travail reste répétitif, parcellaire, car il n est pas besoin de savoir monter un vêtement en entier, et soumis au rendement. La tendance à la polyvalence (utilisation de diverses machines) exige des ouvrières une adaptation rapide aux changements de séries et un maintien du degré de qualité, revalorisant ainsi ces postes.


La délocalisation

■    Principes de délocalisation

La délocalisation consiste à produire des vêtements dans des pays à forte main-d’œuvre bon marché. Elle permet de réduire les coûts de production et d’augmenter les marges. La principale contrainte de la délocalisation est le temps d’acheminement entre les pays. Elle convient donc à des produits basiques, peu soumis aux tendances, ou pouvant subir une transformation de dernière minute (impression, teinture, etc.). À l’opposé, les produits plus mode, à la vie très éphémère, sont fabriqués localement pour être disponibles rapi­dement. Un vêtement peut être déloca­lisé de plusieurs manières. La plus clas­sique consiste à assembler le vêtement en entier. Il peut aussi être réduit en pièces détachées (le col, les boutons, etc.), monté partiellement dans un pays d’Europe de l’Est et achevé en France. Un régime douanier spécifique a été mis en place : le TPP (trafic de perfectionne­ment passif) qui exonère les frais d’importation. Enfin, les acheteurs peu­vent pratiquer le « sourcing » qui consiste à trouver un produit fini au meilleur prix dans le monde entier.

■    Coût de la main-d’œuvre

La recherche de prix de façon toujours plus bas a vu émerger depuis quelques années de nouveaux pays producteurs à faibles coûts salariaux. À titre de comparaison, une heure de travail en France revient à 75 F, en Chine ce prix descend à 1,30 F, au Pakistan à 1,20 F, et ne coûte plus que 0,70 F au Bangla­desh. Si la main-d’œuvre est essentiel­lement constituée de femmes et d’enfants travaillant sans protection sociale, ces pays ont vu s’industrialiser une partie de leurs régions. L’Asie (Chine, Thaïlande, Viêtnam, Indonésie), l’Europe de l’Est (Pologne, République tchèque, Roumanie), l’Amérique cen­trale (Mexique, Guatemala) forment la liste non exhaustive de ces nouveaux pays producteurs.

 « Délocalisation locale » et travail dissimulé

Ce phénomène a conduit les entreprises qui ne peuvent se permettre de délocaliser à l’étranger, faute de moyens, à imposer à leurs sous-traitants des prix si bas que ces der­niers n’ont eu d’autre solution que le travail clandestin et l’allongement de la journée de tra­vail, qui dépasse les huit heures, pour atteindre, en période de demande, quinze heures. Ces pratiques sont illégales en France, et le donneur d’ordre est autant responsable que son sous-traitant en cas de fausse déclaration. Les contrevenants risquent, en cas de contrôle, une condamnation pour trafic de main-d’œuvre.

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