Les mouvements dans la peinture : Réalisme socialiste
Le réalisme socialiste est la doctrine artistique officielle de l’Union soviétique à partir des années 1930, puis des pays du bloc communiste. Il impose aux peintres, comme aux écrivains et aux autres artistes, de représenter la réalité « dans son développement révolutionnaire », c’est-à-dire de manière lisible et édifiante, au service de l’idéologie du Parti.
Contexte et naissance
Après la révolution de 1917, l’art russe connaît une intense effervescence avec les avant-gardes, du suprématisme au constructivisme. Dans les années 1920, d’autres artistes défendent au contraire un art figuratif accessible : l’Association des artistes de la Russie révolutionnaire, fondée en 1922, se réclame des Ambulants, les peintres réalistes russes du XIXe siècle. En 1932, le pouvoir dissout les groupements artistiques indépendants au profit d’unions officielles. La formule de réalisme socialiste est consacrée en 1934 au premier congrès des écrivains soviétiques, où intervient Andreï Jdanov, avant de s’imposer à l’ensemble des arts.
Caractéristiques
- une figuration réaliste, lisible par tous, qui rejette l’abstraction et les recherches formelles dénoncées comme « formalistes » ;
- des sujets héroïques ou optimistes : ouvriers, paysans des kolkhozes, soldats de l’Armée rouge, sportifs, scènes de la vie collective ;
- la glorification des dirigeants, en particulier Lénine et Staline ;
- une composition souvent monumentale et un ton grandiloquent, au service de l’éducation des masses.
Le contrôle se durcit encore après la Seconde Guerre mondiale avec le jdanovisme, qui condamne les artistes accusés de s’écarter de la ligne officielle.
Artistes et œuvres représentatifs
Isaak Brodski, élève d’Ilia Répine, consacre une part de son œuvre aux dirigeants révolutionnaires ; son tableau Lénine à Smolny (1930) est conservé à la galerie Tretiakov de Moscou. Aleksandr Guerassimov, l’un des peintres les plus officiels du régime, réalise Lénine à la tribune (1930) et de nombreux portraits de Staline. Alexandre Deïneka, plus sensible aux leçons de l’avant-garde, peint des compositions stylisées et dynamiques comme La Défense de Petrograd (1928). Boris Koustodiev, mort en 1927, est plutôt un précurseur : ses scènes festives de la vie russe annoncent certains thèmes du réalisme socialiste. En sculpture, L’Ouvrier et la Kolkhozienne de Vera Moukhina, créé pour l’Exposition internationale de Paris en 1937, en est devenu l’emblème.
Évolution et héritage
Après la mort de Staline en 1953, le « dégel » assouplit les règles et laisse paraître une peinture plus intime, sans que la doctrine soit abandonnée. Le réalisme socialiste s’étend aussi à la Chine, à la Corée du Nord et aux démocraties populaires d’Europe de l’Est. Il perd son caractère obligatoire avec la perestroïka, à la fin des années 1980. Longtemps méprisé en Occident comme un art de propagande, il fait aujourd’hui l’objet d’études historiques et d’expositions qui l’analysent comme un témoignage majeur sur le XXe siècle.


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